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THOMAS LE DOUAREC : « MON MOTEUR, C’EST L’ÉMOTION ! »

D.R.

 

Le succès d’Une nuit avec Sacha Guitry, joué à guichet fermé en mars 2015 au Théâtre des muses, a permis aux Monégasques de découvrir le charismatique acteur et metteur en scène Thomas Le Douarec. Il revient en mai à Monaco avec Jean et Béatrice ! Portrait.

 

Caroline Devise et Thomas Le Douarec (D.R.)

La prestation de Thomas Le Douarec en Sacha Guitry est encore dans les mémoires des heureux spectateurs des Muses. On se plaît à parier que le grand Sacha lui-même n’aurait pas désavoué son avatar contemporain, avec sa haute et imposante stature, son aplomb, mais aussi son charme fait de virilité et de douceur mêlées. Thomas Le Douarec possède enfin une voix musicale, sonore et bien timbrée, un autre point commun avec Guitry, qui porta chance au jeune apprenti-acteur dès 1990 : « J’étais alors élève au Cours Florent, pas tout a fait comblé comme acteur, c’est pourquoi j’ai eu l’envie de mettre en scène. Mon choix s’est porté sur deux pièces en un acte de Guitry que j’ai fusionnées en une. Je l’ai intitulée Maledictis. Jacques Weber m’a décerné à l’époque deux prix pour ce spectacle qui a rencontré un gros succès. »

 

Saxophoniste ou comédien ?

 

Avant d’arriver au Cours Florent à la fin des années 1980, Thomas Le Douarec a passé son enfance en Normandie : « Je suis né à Rouen. Mon père était chirurgien, et ma mère, quand j’ai eu 8 ans, a refait sa vie avec un dentiste qui était passionné de jazz. Ça m’a influencé, j’ai appris le saxophone, et longtemps, j’ai eu envie de poursuivre dans cette voie. Vers l’âge de 14 ans, il se trouve aussi que nous avons habité quelques temps à Paris, au-dessus du Théâtre de la Huchette et que j’ai sympathisé avec la troupe qui jouait Ionesco. Un spectacle aussi m’a beaucoup marqué : une pièce autour de Paroles de Prévert… »

De retour à Rouen, un professeur de français du lycée initie l’adolescent aux planches: « On avait monté avec elle une pièce, Caviar ou lentille, dans laquelle je jouais avec succès un personnage très drôle de pique-assiette qui remplissait les poches de son smoking lors de cocktails pour nourrir sa famille ! » L’adolescent ne tient pas en place: « J’étais infernal, on m’a donc puni en m’envoyant dans une pension jésuite au Havre. » Pour échapper aux heures d’études, le jeune Thomas Le Douarec participe à un club-théâtre monté par un surveillant passionné : « C’était très intense, je jouais dans deux à trois pièces par an. C’était l’ébullition, j’avais monté moi-même une association culturelle : jazz, photo, ciné…» Il dirige alors le ciné-club du lycée et découvre un film qui le fascine : Sailor et Lula, de David Lynch. Mais à cette époque, Thomas se rêve encore saxophoniste professionnel. Le métier d’acteur ne fait pas partie de la culture familiale : « Je voyais ça plutôt comme un loisir. »

Le bac en poche, le jeune homme ambitionne de faire Sciences po à Paris. Un stage d’été au Cours Florent en décidera autrement. Francis Huster repère Thomas Le Douarec et lui propose d’entrer très vite dans la Classe libre : « Pour calmer mes parents, je me suis inscrit à la fac à la Sorbonne, mais j’ai vite abandonné pour me consacrer au Cours Florent. »

 

 

Thomas Le Douarec et Anthea Sogno (D.R.)

 

Le virus de la mise en scène

 

La célèbre école d’acteurs ne comporte pas de classe de mise en scène, mais Maledictis, initiative couronnée de succès, pousse François Florent à créer pour Thomas Le Douarec un département «mise en scène» au sein de la Classe libre. « Je n’ai pas beaucoup joué finalement, remarque Thomas Le Douarec, d’autant plus que jusque récemment, je n’aimais pas trop me mettre moi-même en scène. » Pourtant, lorsqu’on examine la liste des personnages incarnés par le comédien, on trouve des rôles consistants: de Titus chez Racine, à George dans Qui a peur de Viriginia Woolf ?, en passant par Octave des Caprices de Marianne

Durant ses premières années d’apprentissage, l’étudiant travaille quatre ans comme contrôleur au Théâtre de la Ville, ce qui lui permet de suivre les répétitions de metteurs en scène et de chorégraphes qu’il admire, comme Pina Bausch, Prejlocaj, Galotta, Découflé, Blanca Li (et ses Gnawas), ou bien encore la compagnie japonaise Sankai Juku : « Un mélange incroyable de No le plus traditionnel et de haute technologie !" s’enthousiasme Thomas Le Douarec, curieux de ces expérimentations tous azimuts. Le jeune homme se nourrit de ces créateurs et saura en faire son miel dans ses prochaines mises en scène, produites pour beaucoup par la Compagnie qu’il fonde dès l’âge de 21 ans.

 

Émotions musicales

 

L’éclectisme des titres mis en scène par Thomas Le Douarec depuis 25 ans saute aux yeux : des classiques du répertoire, des pièces contemporaines, mais aussi du vaudeville, du boulevard, des comédies musicales… Mais qu'est-ce qui guide le metteur en scène dans ses choix ? « Mes émotions sont souvent musicales », explique Thomas Le Douarec. Effectivement, la musique est souvent présente dans ses spectacles, même là où on ne l’attendait pas, comme dans cette mise en scène du Cid dans une version « flamenco », spectacle présenté au Théâtre Princesse Grace il y a quelques années. Le goût pour les voix hors du commun semble aussi un auguillon, comme en témoignent le show avec la diva loufoque Marianne James, ou bien les spectacles autour de Barbara et Mike Brant. 

 

 

C’est d’ailleurs à l’occasion de la comédie musicale « Mike » que le metteur en scène fait la rencontre de Caroline Devisme. Elle y incarne Dalida : « Il n’y a pas beaucoup d’artistes comme elle en France : chanteuse de jazz, danseuse, ancienne meneuse de revue aux Folies Bergères, comédienne enfin. Je me suis dit qu’il fallait créer un spectacle dans lequel elle exploiterait tous ses dons. Caroline m’a alors raconté l’histoire de sa vie, et nous avons écrit : Le jour où je suis devenue chanteuse black. » L’histoire d’une petite fille blonde aux yeux bleus vivant au pays des Chti’s, et qui découvre un jour le secret de sa famille : son grand-père est un ancien GI’s afro-américain. La comédie musicale pleine de groove et d’énergie rencontre un gros succès dans le off d’Avignon.

 

C’est la même comédienne qui donnera la réplique à Thomas Le Douarec dans Jean et Béatrice de Carole Fréchette. Un huis clos amoureux contemporain, tricoté par l’écrivaine québécoise et que nous pourrons découvrir du 29 au 31 mai prochains aux Muses. Le mercredi 27 mai, on pourra aussi savourer l'art des deux comédiens dans une autre pièce mise en scène par l’infatigable Thomas Le Douarec : une adaptation du Portrait de Dorian Gray, dans le cadre enchanteur du Château des Terrasses de Cap d’ail.

 

Clara Laurent (D.R.)

 

Thomas Le Douarec avec Caroline Devise (D.R.)