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Thomas Enhco : « Mon maître mot, c’est la liberté. »

D.R.

 

La dixième édition du Monaco Jazz Festival, qui aura lieu comme chaque année sur la scène de l’Opéra de Monte-Carlo, s’annonce excitante. Le 26 novembre s’y produira pour la première fois Thomas Enhco, « Révélation Jazz » des Victoires de la musique 2013. Portrait d’un jeune homme précoce.

 

D.R.

 

 

Un regard doux, teinté d’une légère mélancolie : tel apparaît Thomas Enhco sur la pochette de son album sorti en 2015, « Feathers ». Pourtant, quand on le rencontre, le jeune homme qui vient de fêter ses 27 printemps apparaît bourré d’énergie et d’allant. Il faut dire que le succès n’en finit pas de sourire au pianiste qui se produit sur les scènes du monde entier. Il n’en faudrait pas davantage pour faire tourner la tête de certains. Mais celle de Thomas Enhco paraît bien posée sur les épaules, et bien faite.

 

Une famille exceptionnelle

 

Thomas Enhco fait partie d’une lignée d’artistes tout à fait hors du commun : sa mère soprano, Caroline Casadesus, n’est autre que la fille du chef d’orchestre Jean-Claude Casadesus, lui-même fils de la comédienne sociétaire du Français, Gisèle Casadesus… Et si l’on se penche plus précisément sur l’arbre généalogique de Thomas Enhco, on découvre en fait des dizaines et dizaines de musiciens présents depuis le début du XIXe siècle ! Pas difficile d’appartenir à une telle dynastie artistique? « Non, rétorque le jeune pianiste, pas du tout. Lors de réunion familiale, je regarde autour de moi cette famille incroyable, et je me dis que c’est assez génial en fait, parce que ce sont tous des gens passionnés. Et il n’y a jamais eu de pression pour devenir musicien ; c’est juste que petit, on reçoit tous un instrument entre les mains comme un jouet, et ça devient aussi par la suite une passion et un métier. » Le petit Thomas démarre donc par le violon à l’âge de trois ans. Il aime souvent, se remémore-t-il, se réfugier sous le piano que joue son père éditeur, Jean-Etienne Cohen : « Tout en jouant du Beethoven, mon père me racontait des histoires… » De là, croit-il, lui vient vite l’envie de jouer aussi du piano, et l’enfant étudiera conjointement les deux instruments durant de nombreuses années. Sa mère épouse bientôt en secondes noces le violoniste de jazz Didier Lockwood, personnalité qui comptera de façon déterminante dans la découverte du jazz de Thomas Enhco.

 

Des débuts précoces

 

En effet, si le jeune garçon poursuit une solide formation classique notamment avec Gisèle Magnan, c’est en écoutant son beau-père improviser de façon endiablée que Thomas Enhco se découvre l’envie de poursuivre dans cette voie du jazz, plus libre. Précoce, Thomas écrit enfant ses premières compositions et donne ses premiers concerts, dont un à l’âge de neuf ans avec Didier Lockwood au Festival de Jazz de Juan-les-Pins. Il entre bientôt au « Centre des Musiques Didier Lockwood », l’école pionnière de Dammarie-Lès-Lys qui forme au jazz, puis il intègre à 16 ans le Conservatoire national supérieur de musique de Paris, mais pas pour longtemps : « Comme je voulais participer librement à des projets personnels, j’ai été renvoyé du CNSM au bout de deux ans ! » Loin de regretter ce renvoi, Thomas Enhco le voit comme une chance : « J’étais libre, je partais en tournée, je jouais avec le trio que j’avais crée. J’ai été repéré par un grand producteur japonais et j’ai enregistré mon second disque ». Ce sera « Some Day My Prince Will Come », sorti en 2010 en France et succès critique, public et médiatique. S’enchaînent les tournées, les prix de concours prestigieux, l’écriture de musique aussi, dont celles de films (Les Cinq parties du monde, Gérard Mordillat, FIPA d’or 2012).

 

Tracer sa voie

 

Lorsqu’on est musicien de jazz, il est une ville qui paraît incontournable : New York. Thomas Enhco ressent vers 20 ans l’appel de la « Grosse pomme » et décide d’y séjourner durablement : « Le niveau musical en jazz est très fort à New York. J’avais été protégé dans l’enfance dans ma campagne, j’étais toujours le meilleur de mon école. New York, ça remet à sa place, ça botte les fesses. Et c’est très inspirant musicalement. » Lorsqu’on interroge justement Thomas Enhco sur ses sources d’inspiration, le jeune pianiste cite sans qu’on soit surpris Keith Jarrett, mais aussi Brad Meldhau : « J’adore aller l’écouter en concert quand je peux, et je me prends une claque ! » Le jeune musicien cite aussi des compositeurs classiques : « Durant quelques années, j’étais très focalisé sur la période du Romantisme allemand, Schumann, Schubert… », sans oublier des références plus éclectiques tel que Léo Ferré ou Brel. Thomas Enhco précise sa démarche musicale ainsi : « Elle est essentiellement liée à des émotions, celles qui traversent ma vie de jeune homme. » Et de préciser : « Mon dernier album solo raconte une histoire d’amour, des débuts à son terme, en passant par les affres. C’est un processus très personnel, mais aussi bien sûr universel. » Une musique moins dictée par le cerveau que par le cœur !

 

 

D.R.

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