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SACHA GUITRY SELON CHRISTOPHE DE MAREUIL, Acteur

Christophe de Mareuil, Didier Constant, dans Faisons un rêve (D.R.)

 

En mars dernier, nous avons pu découvrir la magistrale interprétation des comédiens de Faisons un rêve au Théâtre des muses. Un tel triomphe, que de nouvelles représentations sont prévues ce mois-ci, les 15, 16, 17 et 18 mai. Nous avons voulu en savoir plus sur les arcanes de la magie Guitry. Rencontre avec Christophe de Mareuil, "Lui".

 

De Mareuil, Anthéa Sogno, D. Constant (D.R.)

 

L’expression « brûler les planches » semble parfaitement adapter aux trois magnifiques comédiens qui ont fait jubiler le public monégasque de la pièce de Sacha Guitry en ce début de printemps : Anthéa Sogno (Elle), Didier Constant (le mari) et Christophe de Mareuil (Lui). Ce dernier, qui incarne le personnage que Sacha Guitry s’était attribué dans son adaptation filmique de 1936, a bien voulu nous en dire plus sur son rapport au « Maître » et sur sa manière de travailler son rôle, celui de l’amant, célibataire séducteur et brillant. S’il n’est a priori pas simple d’endosser un rôle marqué par Guitry, le comédien a fait montre d’un sens du rythme, d’une agilité verbale et d’une souplesse corporelle admirables, bref d’une virtuosité impressionnante ! Bien qu’encore jeune, Christophe de Mareuil n’est pas un débutant : s’il a joué quelques rôles au cinéma et à la télévision, c’est surtout au théâtre que son talent éclate depuis le début des années 1990, aussi bien chez Musset, que Marivaux ou Molière — sans oublier son rôle aux côtés de sa complice Anthéa Sogno dans Victor Hugo, mon amour, près de 200 représentations à ce jour !

 

Comment avez-vous découvert le théâtre de Guitry?

J'avais vu quelques pièces il y a fort longtemps, mais je n'en avez jamais joué. C'est donc avec "Faisons un rêve" que s'est faite ma première rencontre avec l'auteur.

 

Avez-vous vu ses films?

Oui, beaucoup quand j'étais étudiant de théâtre... mais jamais "Faisons un rêve". Je me le suis interdit bien sûr depuis que j'ai su que je le jouerai. Je ne voulais surtout pas faire une pâle copie de l'interprétation du Maître.

 

Dans quelle mesure les films que vous avez vus ont-ils tout de même influencé votre appréhension du jeu à adopter dans Faisons un rêve?

Entendre jouer Sacha Guitry une fois, c'est en garder le souvenir à vie. Son ton, sa rythmique, son phraser et son style sont reconnaissables entre mille. Tenter de l'imiter serait tomber dans un écueil théâtral profond. Ridicule peut-être. Un autre piège serait de vouloir s'en démarquer en tout point. Alors la seule chose à faire, en tous cas la seule que j'ai trouvée, c'est de se plonger dans sa prose et de la respecter. De respecter ce qu'elle impose de Guitry, sans le singer. Il faut surtout, me semble-t-il, ne pas y songer en tant que figure tutélaire. Le convoquer en tant qu'icône sacrée, intouchable, c'est prendre le risque de la paralysie créative. 

 

Qu'aimez-vous par-dessus tout dans le texte de Guitry? Dans son style d'écriture théâtrale?

Sans aucun doute le rythme et la brillance du verbe. Ces deux paramètres stylistiques assemblés donne une écriture géniale. Profondément géniale pour "Faisons un rêve".

 

Est-ce que les bons mots sont des pièges pour les acteurs, ou au contraire une chance?

Ceux de Guitry sont des cadeaux. Ils se transforment en piège si l’on essaie de faire passer l'acteur devant l'auteur. Si l’on appuie les bons mots, si l’on s'appesantit. Guitry ne supporte pas le lourd, le grossier.

 

Comment aborde-t-on la question du débit verbal rapide chez Guitry? Est-ce un défi? Un plaisir d'acteur?

Les deux. En art en général, et au théâtre en particulier, la liberté vient souvent de la contrainte. Contraintes techniques, stylistiques, matérielles... Pour "Faisons un rêve", une fois le travail de rythme (plus que de

rapidité) résolu, le plaisir naît presque instantanément. Cette contrainte réelle qu'est le style de Guitry va donner naissance à la liberté de l'acteur et de son interprétation... et donc au plaisir.

Même si je préfère penser au plaisir du spectateur qu'à celui de l'artiste….

 

D.R.