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PROSPER ET GEORGE : ATTENTION PASSION !

Christophe de Mareuil et Miren Pradier (D.R.)

 

Les 27, 28 et 29 et 30 novembre prochains, nous pourrons découvrir au Théâtre des Muses les amours tumultueuses et fulgurantes de Prosper Mérimée et George Sand. Cet épisode très peu connu de la vie des deux célèbres écrivains nous est restitué dans une pièce de Gérard Savoisien. Une fois de plus, Le Théâtre des Muses nous comble avec une petite pépite, dénichée par sa directrice: merci Anthéa Sogno !

 

 

Prosper et George... (D.R.)

Pendant une dizaine d’années, jusqu’au début des années 2000, Gérard Savoisien s’est spécialisé dans le théâtre de Boulevard : « J’ai dirigé des pièces avec des stars du Boulevard, comme Roger Pierre, Jean Lefèvre ou Claude Gensac (Madame de Funès à l’écran ! NDLR). Financièrement, c’était évidemment rentable, mais artistiquement, je ne m’y retrouvais pas. » Cette exigence le pousse à fonder avec une collaboratrice la « Compagnie Savoisien Blanche », pour prendre en 2008 la direction d’un théâtre dans la petite ville du Plessis-Robinson: le Théâtre du Coteau. Sa passion de jeunesse pour l’écriture le pousse à écrire par ailleurs des pièces comme Don Juan, le retour, ou Hôtel du grand large ; près de huit pièces en tout, parmi lesquelles, celle qui a obtenu jusqu’ici le plus de succès : Prosper et George.

 

 

On ne sait pas grand chose sur l’idylle très courte qui a eu lieu entre les deux grands écrivains en avril 1833, soit au moment où le mouvement romantique bat son plein :   « George Sand et Mérimée se sont affichés à l’Opéra, et on sait qu’elle aurait dit : « J’ai eu Mérimée, ce n’est pas grand chose », tandis que lui aurait qualifié sa partenaire de « femme débauchée à froid, par curiosité plus que par tempérament »  Des propos amers qui ont mis la puce à l’oreille de Gérard Savoisien :  « Je me suis dit que c’était louche de se vanter de son échec amoureux, et j’ai acquis la conviction que ces deux-là avaient dû s’aimer follement. » Et l’auteur de poursuivre : « Tout les opposait. George Sand était excessive, elle écrivait au fil de la plume des romans fleuve, tandis que lui était un homme de ministère, qui s’occupait des monuments historiques. Elle était d’extrême gauche, tandis que lui était de droite. La relation a dû être passionnelle et passionnante.»

 

D.R.

Il faut dire que la période est propice à l’exaltation, les contemporains ne sont pas des tièdes et nos deux écrivains fréquentent les cercles romantiques, sont proches d’Hugo, de Musset… Il faut aussi se représenter à quelle étape de leur carrière ces deux écrivains se retrouvent en 1833 : George Sand a fait un énorme succès avec son premier roman, Indiana, cependant que Mérimée a acquis la notoriété avec Le Théâtre de Clara Gazul. Gérard Savoisien s’est ainsi posé la question de la compatibilité de leur passion amoureuse avec leur carrière d’auteurs : « Cette histoire d’amour intense a pu les empêcher de se concentrer sur leur travail littéraire. » Ce qui serait aux yeux de Savoisien une des raisons possibles de leur échec amoureux. Mais comment fait-on pour écrire des dialogues crédibles, qui auraient pu être prononcés par deux écrivains si célèbres ? Et n’éprouve-t-on pas quelques scrupules à leur mettre dans la bouche des paroles imaginaires ? « Je me suis posé ces questions aussi lorsque j’ai écrit une pièce sur Mozart. Ca peut être bloquant, mais il faut passer outre et foncer. L’essentiel est de ne pas les trahir, mais il ne faut pas être trop modeste, trop petit par rapport à ces génies, car sinon ça ne fonctionne pas. » Gérard Savoisien explique ainsi s’être imprégné des textes des deux auteurs, puis s’en être détaché : « Il faut écrire en rappelant l’esprit du 19e siècle, tout en restant aussi proche de nous. » Le succès a été immédiat lors de la création de la pièce à Versailles en 2010 au Théâtre Montansier, et la pièce a obtenu plusieurs distinctions, dont le Grand Prix du Théâtre 2009. Un succès qui ne se dément pas depuis quatre ans, avec des représentations notamment au Lucernaire à Paris et au festival d’Avignon… 

Gérard Savoisien poursuit actuellement son œuvre d’auteur dramatique dans la même veine historique avec cette fois-ci l’écriture d’une pièce portant sur les amours de Molière avec Madeleine Béjart. On gage qu’il saura de nouveau retrouver la magie de Prosper et George — ce fiasco amoureux, cette réussite théâtrale !

D.R.

D.R.

Christophe de Mareuil, qu’on connaît en principauté pour l’avoir vu l’an dernier interpréter avec brio Faisons un rêve de Guitry au Théâtre des Muses, nous parle de Prosper et George, qu’il a créée en 2010 avec sa partenaire Miren Pradier, qu’il retrouve à Monaco fin novembre.

 

« Cette pièce est un chef d’œuvre ! On ne sent pas le labeur de l’écrivain, tout coule de source. Ces huit nuits d’ivresse ­— une heure vingt de passion enlevée, échevelée — elles auraient pu être écrite par Musset ou Sand. On passe du rire aux larmes, on a de grands morceaux de bravoure : les acteurs sont vraiment servis, et c’est rare de tomber sur des rôles aussi puissants. Avec Miren, on se connaît depuis vingt ans, depuis le Conservatoire de Paris, et nous sommes très proches. On n’a plus les pudeurs des jeunes comédiens, et on sait travailler vite. La pièce est un énorme succès depuis quatre ans, on doit en être à plus de 200 représentations, et c’est toujours le même plaisir de jouer ce romantisme pur et dur ! »