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ANTHÉA SOGNO, COMÉDIENNE, DIRECTRICE DU THÉÂTRE DES MUSES

D.R.

A l’automne 2012, boulevard du Jardin exotique, un nouveau théâtre ouvrait ses portes. Un lieu pas comme les autres, charmant petit écrin placé sous les heureux auspices des déesses inspiratrices des arts : Le Théâtre des Muses. Sa fondatrice, Anthéa Sogno, est une enfant du pays. Portrait d’une femme débordante d’énergie.

 

 

D.R.

C’est dans la salle chaleureuse du Théâtre des Muses que nous rencontrons l’hôtesse des lieux pour un passionnant entretien au long cours. Et pour commencer, nous ne pouvons nous empêcher de l’interroger sur l’origine de ce nom original, « Anthéa Sogno », promesse de générosité et de rêves : « Sogno (« songe », en italien, ndlr), c’est mon vrai patronyme. Quant à mon prénom de l’état civil, c’est Alexandra. Mais à 19 ans, lorsque j’ai présenté une émission sur Télé-Monte-Carlo, Zap’ado, le directeur de l’antenne voulait que je change de prénom. C’est là que ma mère m’a révélé qu’elle avait originellement choisi le prénom d’Anthéa pour moi, avant de changer d’avis à ma naissance prématurée. Ce prénom, qui est celui de la déesse grecque de l’abondance, j’ai eu instantanément la sensation que c’était vraiment le mien ! » De là à nommer sa compagnie « L’Anthéâtre », il n’y eut qu’un pas, allègrement franchi quelques temps plus tard. Mais revenons aux origines de la vocation de la jeune femme.

 

Une enfance monégasque

 

Née dans les années soixante-dix à Monaco, la petite fille y coule des jours heureux au sein d’une famille aimante, solidement implantée dans la principauté : « Mon père était entrepreneur. Avec ma mère et mes tantes, ils avaient fondé une société florissante de prêt-à-porter, La Squadra, spécialisée dans la maille. » L’arrière-grand-mère d’Anthéa Sogno joue également un rôle fondamental dans la vie de la petite-fille : « Elle m’appelait « Sarah Bernhardt », parce que petite je jouais souvent la comédie. » Ainsi, lorsque vers l’âge de 18 ans, Anthéa renonce à faire de sa passion pour les chevaux son métier, elle se souvient de ce surnom : « J’ai eu envie de lire l’histoire de Sarah Bernhardt, et je me suis reconnue dans son excentricité. Adolescente, il y avait en moi une énergie, une fantaisie, une envie d’aimer débordantes que je ne savais pas canaliser. Le théâtre m’a appris à le faire. C’est devenu une drogue. » Un autre monstre sacré du théâtre influence l’adolescente sur le chemin de sa vocation : « J’étais en amour avec Jean Marais. Enfant, je l’admirais dans Le Capitan, Le Bossu… Puis j’ai lu son autobiographie. » La jeune fille, fascinée, lit tous les livres dont Jean Marais parle, puis à 18 ans décroche un job d’été au Festival de Vallauris que dirige le grand acteur. Sur cette scène du Théâtre de la mer, Anthéa admire les grands comédiens de la Comédie française et croise Jean Marais lui-même, d’une beauté impériale, tout en brillant par sa gentillesse et son humanité : « A force d’être beau, il en est devenu sage. »

 

 

DR

 

L’esprit d’entreprise

 

C’est au cours de ses jeunes années que la jeune comédienne rencontre son agent, Serge Rousseau, célèbre dans la profession. Il lui conseille de faire fructifier son sens de l’entreprise, qu’il avait su repérer, et qui la différenciait de ses congénères : « Tu es faite pour monter tes spectacles. Un jour, tu auras ton théâtre », prophétise-il. En attendant d’acquérir un lieu à elle, Anthéa Sogno poursuit dans la veine comique en se découvrant une passion pour Feydeau, dans laquelle elle voit une suite logique : « Il fut le témoin de mariage de Guitry… » La jeune comédienne construit un spectacle à partir des différentes pièces de l’auteur du Dindon, ce qui donne : « Ciel, mon Feydeau ! ». Cette marqueterie théâtrale semble être la marque de fabrique d’Anthéa Sogno et cela lui réussit : Ciel, mon Feydeau ! est un nouveau succès retentissant, avec plus de 300 représentations et des tournées à l’étranger.

Mais c’est bientôt une autre figure qui va porter chance à la comédienne, et cette fois-ci en la personne de la comédienne Juliette Drouet, devenue amante et muse de Victor Hugo, une femme qu’Anthéa Sogno chérit au plus haut point. Elle puise parmi les plus de 20 000 lettres que les deux amants s’adressèrent au cours de la leur vie pour édifier une pièce de théâtre : « Dans Victor Hugo, mon amour, explique Anthéa Sogno, nous interprétons avec mon partenaire non pas des personnages, mais deux êtres qui ont réellement vécu, nous faisons revivre leurs mots. C’est à une espèce de ré-incarnation que nous nous livrons. » La pièce conçue et jouée par Anthéa Sogno est un triomphe public et critique.

 

Venir « chez Anthéa »…

 

Comédienne, metteur en scène, directrice de compagnie, productrice… la jeune femme parvient en quelques années à réaliser beaucoup de ses rêves. Elle décroche même un petit rôle au cinéma dans La Classe de neige, du grand Claude Miller, et tourne dans plusieurs téléfilms. Elle devient aussi maman d’une petit Théodora. Mais il reste une chose à accomplir : acquérir un lieu pour faire un théâtre. La famille de la jeune femme possède une maison, sise 24 boulevard du Jardin exotique, acquise jadis par la fameuse arrière-grand-mère. Qu’à cela ne tienne : voilà le lieu d’élection pour édifier un théâtre de poche, mais à soi. Il faudra trois bonnes années pour convertir la vieille bâtisse qui incluait une boulangerie en salle de spectacle de cent places. On gardera les vieilles pierres et les charpentes en bois, et même le four à pain qui trône au milieu du mur de la scène ! Le Prince Albert vient inaugurer les lieux, Anthéa Sogno tenant à témoigner sa gratitude d’avoir passé à Monaco une enfance douce et heureuse, et souhaitant « rendre aux Monégasques ce qu’elle a jadis reçu. » La saison est lancée en 2012. Le bouche à oreille fonctionne, la presse monégasque relaie l’information : des 39 représentations initialement prévues, Anthéa Sogno peut s’enorgueillir d’être passée à 86 levers de rideau. Elle programme ses spectacles, mais accueille aussi des pièces qu’elle a aimées en Avignon… Mi-novembre, un monstre sacré de la scène française se déplacera au Théâtre des Muses: Philippe Caubère !

 

« Dans le film La Boum que je regardais adolescente, les héros retournent toujours dans le même restaurant quel que soit l’événement à célébrer : ils disent qu’ils vont « Chez l’Italien ». J’aimerais qu’on vienne « Chez Anthéa » de la même façon… », rêve la maîtresse des lieux, où sont aussi proposés des cours de théâtre aux grands et aux petits. Les Muses veillent sur ce théâtre, c’est certain.

DR