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Louis Abbiate : un musicien monégasque à redécouvrir !

 

Né en 1866 à Monaco, Louis Abbiate fut un violoncelliste et compositeur brillant et renommé. Il est pourtant tombé quelque peu dans l’oubli. Le 16e Festival de Violoncelle de Callian (1er-4 juillet), ainsi qu’un concert donné par l’OPMC en septembre, seront l’occasion de redécouvrir cet artiste. Portrait.

 

 

Dès l’enfance, Louis Abbiate, dont le père est corniste et dont la mère appartient à une famille de virtuoses, montre des dispositions pour la musique. Devenu orphelin très jeune, il est élevé chez les Jésuites et se donne avec ardeur à l’étude du piano, de l’orgue, de l’harmonie, mais aussi et surtout de l’instrument qui deviendra son favori, le violoncelle. C’est un violoncelliste de l’Orchestre du Casino de Monte-Carlo qui lui offre ses premières leçons et dès l’âge de douze ans, Louis exécute des morceaux aux cérémonies religieuses ; il tient aussi souvent l’orgue à la Chapelle de la Visitation. Son éducation musicale se construit en outre grâce à sa fréquentation assidue des concerts symphoniques quotidiens donnés au Casino.

 

Les premiers succès

 

En 1879, son oncle inscrit Louis Abbiate au Conservatoire de Turin afin qu’il poursuive son éducation. Il en ressort en 1882 avec un prix de violoncelle et d’harmonie. Louis est irrésistiblement attiré par la ville lumière : il entre alors au Conservatoire de Paris où il parfait son apprentissage du violoncelle auprès de deux maîtres de l’époque, Franchomme, puis Delsart. Pour payer ses études parisiennes, le jeune homme écume les cafés-concerts, les bals, les petits théâtres et les Concerts Pasdeloup ou Lamoureux… Abbiate est remarqué pour sa virtuosité hors du commun, et c’est auréolé de premiers prix qu’il regagne à l’âge de 21 ans la principauté pour être embauché comme violoncelle solo de l’Orchestre du Casino. Passionné par les compositeurs de son temps, il joue avec foi des concertos incompris à son époque et qui depuis sont devenus des « classiques », comme ceux de Saint-Saëns, Lalo ou Dvorak… Il rencontre à Monaco un franc succès, mais Paris l’attire toujours : il y retourne en 1891 pour être soliste trois ans à l’Opéra-Comique. Puis le violoncelliste se lance dans une brillante carrière de concertiste qui le fait voyager en Angleterre, Allemagne, Suisse, Russie…

 

 

Un compositeur incompris

 

Louis Abbiate ne se contente pas de cette activité d’instrumentiste. Il compose, et se montre même prolifique, puisque son œuvre compte au total 115 numéros d’opus ! Il s’inscrit dans la lignée des grands symphonistes classiques, tout en faisant preuve au début d’une veine romantique, puis d’un certain modernisme harmonique. Il écrit en 1895 un Concerto pour violoncelle et orchestre, joué trois ans plus tard aux Concerts Lamoureux. C’est une épreuve terrible pour le musicien : une partie du public déchaîné hue, empêchant l’autre partie qui lui est favorable d’entendre la musique. La critique se montre très dure et l’on a du mal à comprendre aujourd’hui pour quelles raisons ce concerto, très beau, a pu déclencher tant de foudres. Quoi qu’il en soit, Louis Abbiate quitte alors Paris où il ne reviendra plus.

 

De la Russie à l’Académie de musique de Monaco

 

Engagé comme soliste à la Scala de Milan, dirigée alors par l’immense Arturo Toscanini, le musicien y reste quatre années très actives, durant lesquelles il forme notamment son « Quatuor Abbiate » qui rencontre beaucoup de succès. Il remporte aussi une certaine reconnaissance avec son poème orchestral Illuminations. Le violoncelliste avait fait publier quelques années auparavant une Méthode complète du Violoncelle, qui avait été saluée d’emblée comme une œuvre considérable et été adoptée avec enthousiasme par les apprentis violoncellistes. C’est certainement cette fameuse « Méthode  de violoncelle », ainsi que sa réputation de grand virtuose, qui le firent engager par le Conservatoire de Saint-Pétersbourg en 1911. Louis Abbiate s’installe donc en Russie où il rencontre son épouse. Sa classe du Conservatoire devient rapidement une pépinière de virtuoses. Position lucrative, elle lui laisse aussi du temps pour composer. Mais la Révolution russe fait fuir Abbiate. Sauvant sa famille, le musicien rentre à Monaco en 1920, sans le sou — il a juste pu sauver ses manuscrits ! Période sombre pour le compositeur qui perd son fils, et a du mal à trouver des engagements… Heureusement, Monaco voit la création d’une école de musique, nommée quelques années plus tard « Académie Rainier III ». C’est Louis Abbiate qui en devient le premier directeur, et ce, jusqu’à sa mort en 1933.

Immense violoncelliste, grand pédagogue fondateur de l’école russe du violoncelle, ce musicien monégasque a composé une œuvre qui vaut la peine d’être exhumée et rejouée ! 

 

 

 D.R. La Gazette de Monaco,  Juillet 2016