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David Lefèvre : « le plus beau métier du monde ! »

D.R.

Premier violon solo Supersoliste de l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo depuis 1999, David Lefèvre est devenu un artiste incontournable de la principauté. Nous l’avons rencontré juste avant son départ pour une tournée avec l'OPMC au Japon. Portrait.

 

 

D.R.

 

David Lefèvre a gommé son accent, mais lorsque l’on tend l’oreille, on reconnaît cette petite musique d’Outre-Atlantique de nos cousins canadiens : le violoniste est bien né en 1969 au Québec, de parents français émigrés depuis peu : « Mon père avait été nommé professeur de clarinette à l’Université de Montréal. J’ai été bercé par la musique dans le ventre de ma mère, qui était aussi musicienne ».


Une famille de musiciens


Benjamin d’une fratrie de quatre garçons tous musiciens, le petit garçon se voit remettre dans les mains un violon dès l’âge de quatre ans : « La méthode Suzuki m'a accompagné lors de ma toute première année de violon. Entre cinq et treize ans, il ne faut pas se mentir, les enfants ne travaillent pas toujours si les parents ne sont pas derrière. Sans l’aide précieuse de ma mère, je n’aurais certainement pas eu la rigueur nécessaire ». L’enfant fait aussi du piano. Un programme bien chargé, puisque le jeune David Lefèvre suit également une scolarité classique, scientifique. Comment en est-il donc arrivé à sentir que sa vocation serait la musique? « Je m’en souviendrai toute ma vie. J’avais 17 ans, je manipulais des fioles en classe de chimie, et tout à coup, je me suis dit : Mais que fais-tu là ? Tu devrais être en train de travailler ton violon ! » Une soudaine évidence. Il faudra donc convaincre son professeur de piano, qui misait sur lui, que le violon, son premier amour, sera son instrument exclusif.

 

D.R.

 

Du Capitole de Toulouse à Monaco


Le violoniste ne regrette pas ces années de travail très denses : « J’ai coutume de dire : Je n’ai pas eu d’enfance ! Mais pour moi, ça n’est pas un propos négatif. Je pense que ces années initiales sont capitales dans la vie d’un musicien, c’est grâce à ce régime de vie que je suis allé très vite après ». En effet, le jeune homme passe un concours qui aura un impact majeur dans la suite de sa carrière : « J’ai gagné le Premier Grand Prix du Concours International de violon de Douai. La concurrence était pourtant rude. La récompense était de réaliser une tournée de concerts, et c’est à cette occasion que j’ai fait la rencontre décisive de Michel Plasson. Il m’a adopté tout de suite ainsi bien-sûr que tous ses musiciens! Et je suis devenu le Supersoliste du Capitole de Toulouse à 23 ans ». Une expérience riche qui dure sept années, au cours desquelles le jeune violoniste travaille d’arrache-pied pour, dit-il, combler son manque d'expérience dans ce domaine. C’est que David Lefèvre n’est pas du genre à se reposer sur ses lauriers, mais plutôt à vouloir sans cesse apprendre, se perfectionner, s’enrichir du contact des grands chefs… Il a ainsi l’occasion d’être écouté en récital par Marek Janowski, et lorsque ce dernier prend son poste à Monaco, le chef d’orchestre pense au violoniste franco-canadien : « Un sacré concours de recrutement ! Neuf mois de terrain avant d’être adopté pour de bon ! » Depuis, le violoniste offre sa belle énergie à l’OPMC, tout en jouant aussi en soliste, en musique de chambre, sans oublier d’enseigner : « Je pense que pour être un bon musicien d’orchestre, il faut se nourrir de toutes ces activités. En voyageant, je pense revenir plus fort de mes expériences et en faire profiter l’Orchestre de Monaco ». David Lefèvre a également à cœur de transmettre la passion qui l’habite pour la musique au plus grand nombre: « La musique classique a trop souvent une image engoncée, inaccessible auprès du public non initié. Lorsque je joue un concert, j’éprouve souvent le besoin de me rapprocher des gens, d’établir un contact ». Parfois, cette envie le confronte à des expériences inconfortables : « Je me souviens d’une croisière musicale au cours de laquelle j’avais décidé de présenter les œuvres au public en racontant quelques anecdotes. Au moment où je m’y attendais le moins, j’entends un tonitruant : "On s’en fout !" » Le violoniste, qui a un grand sens de l’humour, ne se décontenance pas et le malveillant trublion fait heureusement l’unanimité contre lui.


Supersoliste ?


David Lefèvre se montre très enthousiaste de l’arrivée récente à Monaco du nouveau chef, Kazuki Yamada, et de son délégué artistique, Jérôme Delmas : « On ressent beaucoup de dynamisme, d’énergie positive ! Et je me réjouis de partir en tournée avec l’OPMC pour dix concerts au Japon, sous la direction d’une star des chefs d’orchestre de là-bas, Tomomi Nishimoto ». A propos, le public n’ignore-t-il pas quelle est au juste la fonction du « Supersoliste » de l’orchestre ? « Pour moi, explique David Lefèvre, le Supersoliste doit être une sorte de "tampon" entre le chef et les musiciens de l'orchestre. C’est un rôle à la fois musical, artistique, mais aussi diplomatique ». Personnalité joviale et généreuse, on n’a pas de peine à le croire lorsque le violoniste précise : « Selon moi, un bon violon solo se doit d’être proche de ses musiciens ; il doit être à l’écoute, mais sans démagogie. Je ne crois pas à la belle musique dans une atmosphère de rudesse, je crois au contraire à la sérénité pour produire de la beauté ! » Et lorsque le chef d’orchestre est dans ce type de disposition d’esprit, alors, des miracles peuvent se produire : « Notre métier est tellement merveilleux lorsqu’il s’effectue dans l’harmonie ! Dernièrement, lors d'un concert avec Daniel Harding, je me suis dit que nous faisions le plus beau métier du monde ! »

 

Publié dans La Gazette de Monaco, juin 2016 (D.R.)

 

D.R.