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Marie Desplechin, écrivaine foisonnante

Auteure à succès de romans, scénariste, journaliste, Marie Desplechin écrit aussi pour le théâtre. A l’occasion de la programmation de sa pièce Touchée par les fées par le Théâtre Princesse Grace le 14 octobre, nous avons eu la chance de rencontrer cette femme engagée. Portrait.

 

 

C’est dans son appartement du 10e arrondissement à Paris que Marie Desplechin nous accueille en s’excusant pour le désordre. En vérité, le lieu est juste chaleureux, quelques livres de la Comtesse de Ségur traînant au sol… La romancière sait vous mettre immédiatement à l’aise, tout en se racontant avec volubilité et sincérité. Elle se replonge aisément dans son enfance passée à Roubaix, ce qui ne surprend pas tout à fait pour une « auteure jeunesse ».

 

L’aînée

 

« Je suis l’aînée de tout le monde dans la famille » explique Marie Desplechin, en précisant qu’en plus de son célèbre frère — le cinéaste Arnaud Desplechin — elle a également une sœur et un autre frère, mais aussi une foule de cousins. Comme les parents Desplechin n’ont pas eu la possibilité de faire des études, ils encouragèrent avec force leurs enfants à accomplir ce qu’ils eurent l’impression qu’on leur avait volé : « Ma mère, qui travaillait déjà à 15 ans, me disait : t’as tellement de chance de faire du latin ! Elle a passé son bac la même année que moi. Mon père lui était visiteur médical… » La petite fille passe beaucoup de temps auprès de ses grands-mères : « Elles m’ont adorée. L’une, qui n’était pas ma grand-mère biologique, a écrit un manuel de puériculture en m’observant : j’étais son premier bébé. Ce que j’ai de plus solide, je le tiens d’elle. J’étais très angoissée comme gamine, et elle me rassurait. Je me souviens de la lampe verte qu’elle utilisait pour corriger les épreuves de ses livres… Je m’endormais à côté d’elle. »

 

L’école et les livres

 

La petite Marie apprend à lire dès quatre ans avec la marraine de sa mère : « Du coup ma scolarité a été d’abord catastrophique. Je m’ennuyais, me faisais punir. Heureusement en CM2 j’ai eu une instit qui pratiquait la méthode Freinet… » La petite fille développe rapidement un énorme appétit de lecture, lisant tous azimuts des ouvrages de « grands » : « A 10 ans, j’ai lu les mémoires de Benvenuto Cellini, je comprenais ce que je pouvais. Il y avait aussi Anatole France, Mauriac, Julien Green, tout ce qui me tombait sous la main. J’aime aussi les mauvais livres ! » Pour Marie Desplechin, « la lecture, c’est la vie, ça n’est pas séparé de l’existence. » Est-ce une telle absorption de littérature qui donne envie d’écrire à son tour ? « J’aurais voulu être médecin. Mais j’écrivais aussi — je n’étais bonne qu’à ça en classe — des poèmes, des lettres, des livres pour les anniversaires de mes parents… Et des tracts politiques! Mes profs communistes, des normaliens, les jugeaient très bons ! » Le bac en poche, la jeune fille débarque à Paris pour intégrer une classe préparatoire littéraire dans le prestigieux lycée Henri IV. Cette expérience de l’excellence scolaire à la française, elle la juge sclérosante : « J’ai écrit un article là-dessus, « L’enfer des prépas », pour le quotidien Le Monde.» Un texte qui suscite une vague d’indignation de lecteurs qui menacent en masse de se désabonner : « C’est curieux comme les gens défendent l’institution qui les a fait souffrir. C’est comme pour l’armée ! » 

 

Ecrire

 

L’étudiante intègre finalement une école de journalisme, le CFJ. Le responsable de la première année lui assène un définitif : «Vous ne savez pas écrire, vous ne saurez jamais écrire. Réfléchissez à votre orientation !» On peut dire qu’il a eu du nez. Marie Desplechin entre quelques temps après dans une société de communication fondée par une amie : « Mais il fallait mentir tout le temps, et je n’étais pas faite pour l’ambiance de boîte. Et puis à 26 ans, j’avais déjà deux enfants… » La jeune femme se sépare de son mari et reprend aussi sa liberté professionnelle en devenant pigiste. Elle écrit alors un premier livre jeunesse, Le Sac à dos d’Alphonse, puis un livre pour adultes, Trop sensibles. Suivront des romans pour adultes comme Sans moi, mais surtout de nombreux livres jeunesse, dont Verte, son plus gros succès à ce jour. Marie Desplechin n’hésite pas à affirmer une prédilection pour ce genre : « Vous êtes en prise avec votre enfance, un état de l’être particulier. L’enfance, c’est inouï, c’est le temps des premières fois, Proust en parle si bien ! Les émotions s’impriment en vous pour toute votre vie… Le goût ou le dégoût de certains mots, le toucher des choses… Les perles du collier de ma grand-mère dans ma bouche… » Pour la romancière, l’enfance, c’est « le territoire de l’absolue liberté ». D’autant plus que les lecteurs sont infiniment plus gratifiants : « Les enfants sont hyper cool quand ils vous parlent de vos livres ! » Pour autant, il ne faudrait pas imaginer qu’écrire pour la jeunesse soit une sinécure pour Marie Desplechin: « Ecrire, c’est angoissant. Je fais des phrases trop longues, des digressions chichiteuses, des analyses détaillées qui n’intéressent que moi… J’explore les impasses. » Paradoxe : si l’auteur s’abstient d’écrire trop longtemps, elle ne va pas bien : « Écrire, ça m’apaise. » Ce besoin, Marie Desplechin l’étanche aussi dans l’exercice du scénario au service de cinéastes qu’elle aime, comme Fabrice Gobert ou Emilie Deleuze. Sans oublier les articles pour la presse, et l’engagement politique et associatif du côté des mouvances écologistes, contre toutes les injustices sociales et économiques. Une vie foisonnante, pour une femme passionnée. « Je viens d’acheter une maison à la campagne près de Cahors, je ne connais pas d’endroit plus joli ! Je vais m’y installer avec mon mari, monteur… Maintenant, mes trois enfants sont grands.» L’auteur rêve aux animaux qu’elle pourra y élever, aux longues heures d’écriture sans distractions… Et aux livres qu’elle aura le temps d’y lire : « La lecture, c’est vital, ça vous change les neurones, c’est comme la musique ! »

 

(D.R. - Octobre 2017)

Ariane Ascaride (D.R.)

Marie et Ariane touchées par les fées

 

Marie Desplechin rencontre Ariane Ascaride au Salon du livre jeunesse de Montreuil, où la comédienne réside avec le cinéaste Robert Guédiguian. Elles sympathisent : « On s’est trouvé beaucoup d’affinités et créé des liens familiaux, notamment à Marseille, dans les calanques avec mes enfants… Ariane et moi avons eu l’idée d’écrire un scénario pour Robert. » Ce sera Le Voyage en Arménie (2005), un film qui explore les origines du cinéaste. Un jour, la SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques) commande à Ariane Ascaride une courte pièce de théâtre de 20 minutes. Elle se tourne naturellement vers Marie Desplechin pour l’aider à mettre en mots son histoire: « Avec Ariane, on a travaillé dans ma cuisine. Elle m’a raconté son enfance très romanesque, avec des parents irréels, directeurs de troupe de théâtre, un peu mages… J’ai demandé à ma concierge, serbe, de faire les costumes ! » Le grand chorégraphe Thierry Thieû Niang se joint au projet pour le mettre en scène : « Une semaine avant la première représentation, la mère d’Ariane est morte. Elle a joué quand même, c’était bouleversant pour elle, comme un truc religieux. » La pièce est un succès et tout s’emballe : « Le théâtre des Métallos à Paris nous a demandé de rallonger le texte à 50 minutes, j’ai fait intervenir Robert dedans… La pièce évolue constamment au fil du temps. » A Avignon off, Touchée par les fées affiche complet tous les jours. Seule en scène, Ariane Ascaride enchante avec cette rêverie autobiographique qui touche tout le monde par son universalité, puisqu’elle parle de l’enfance. Le Théâtre Princesse Grace offre au public de Monaco la chance d’entrer à son tour dans l’enchantement le 14 octobre !