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le premier livre pour adultes de Susie Morgenstern 

D.R.

Le 16 mars prochain, la Médiathèque de Monaco accueille la star de l’édition jeunesse, Susie Morgenstern, à l’occasion de la récente parution de son premier livre destiné aux adultes, Jacques a dit, sous-titré : récit autobiographique.

 

D.R.

 

« J’ai écrit plus de 120 livres », fait remarquer Susie Morgenstern . Albums et romans jeunesse naissent en effet de son imagination avec une énergie et un appétit inlassables : en 2015, ce sont près de dix ouvrages qui sont sortis, dont le très remarqué Mister Gershwin, Les Gratte-ciels de la musique. L’Amerloque, comme elle se plaît à se nommer elle-même puisqu’elle est née il y a 70 ans dans le New Jersey, est venue vivre à Nice à l’âge de 20 ans pour un certain Français, prénommé Jacques — coup de foudre irrésistible que l’écrivaine relate dans son livre Premier amour, dernier amour. Cette union tumultueuse dura près de trente années, jusqu’à la mort prématurée de Jacques Morgenstern. Et il aura fallu vingt années de deuil et de maturation pour que Susie Morgenstern consacre tout un livre à cet homme qui fit basculer son destin : Jacques a dit, son premier livre publié non plus dans une collection pour les enfants, mais pour les adultes. Ceux peut-être qui ont dévoré jadis Lettres d’amour de 0 à 10 ou La Sixième, et qui seront curieux d’en savoir plus sur leur écrivain préféré des années collège. Mais aussi ceux qui sont intrigués de voir leur progéniture se passionner pour les livres de Susie Morgenstern…

 

D.R.

Une femme du second type

 

« Jacques a dit : « Il y a deux sortes de femmes. Je suis tombé sur la seconde. » Ainsi s’ouvre ce texte autobiographique, récit en 19 chapitres qui convoquent les souvenirs souvent drôlatiques, mais aussi sans fards et parfois poignants, de l’écrivaine qui se pose encore aujourd’hui la même question : pourquoi ce brillant polytechnicien, mathématicien de renom, l’a choisie elle, l’Américaine maladroite et à ses yeux d’esthète français pas très raffinée — « Car Jacques n’a jamais tout dit. » Le lecteur suit ainsi les tribulations d’une jeune femme ne parlant pas un mot de français à son arrivée dans l’hexagone, et en butte à un certain manque de sollicitude de la part des autochtones. L’épisode hilarant de Susie face à la guichetière obtuse de la Poste est un des sommets de ce long apprentissage de notre « Huronne » en terre nissarde.

 

Pygmalion

 

« Jacques a peut-être vu en moi un projet humanitaire et éducatif, une chance d’être un Pygmalion. » Tout semble opposer ces deux-là : l’un est mélancolique et introverti, plongé dans ses équations algébriques sibyllines, ou lisant Proust ; l’autre est pétulante et expansive, croquant les nourritures terrestres à belles dents. Et c’est justement ces oppositions qui semblent, envers et contre tout, les porter l’un vers l’autre. Jacques veut que son épouse se cultive et s’épanouisse : il place la barre haut. Parfois tellement haut que la jeune Américaine souffre de démériter… Mais Jacques aura le temps d’assister aux succès de Susie : doctorat, nomination comme enseignante à l’Université de Nice, et surtout, auteure jeunesse à succès. Si Jacques vivait encore, il serait certainement fier de voir son épouse fêtée et courir d’émissions de radio en festivals du livre…

 

Une écriture concrète et pittoresque

 

Est-ce l’habitude d’écrire pour la jeunesse qui rend le style de Jacques a dit si efficace ? Car l’écrivain qui s’adresse aux jeunes n’a pas le temps de les ennuyer et doit les captiver dès les premières lignes, sous peine de lasser des créatures habituées à la vitesse des réseaux sociaux et des jeux vidéo… Sont-ce aussi ses origines américaines qui font que la prose de Susie Morgenstern est concrète, comme celle de ces écrivains d’Outre-Atlantique capables en quelques mots bien sentis de convoquer les objets et les émotions ? Dans ce récit autobiographique sans concession ni idéalisation, l’écrivaine sait enfin mêler les registres, tout à tour truculent et élégiaque, livrant un hymne sans chichis au mystère qui unit parfois un homme et une femme.

 

Paru dans La Gazette de Monaco - mars 2016 (Droits réservés)