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peter lewton, danseur et physiothérapeute

D.R.

 

La danse, une école de la vie

 

Ceux qui ont eu la chance d’être en principauté entre 1988 et 1997 ont pu admirer le danseur soliste des Ballets de Monte-Carlo Peter Lewton. Aujourd’hui encore, qu’ils soient étoiles ou étudiants, les danseurs connaissent tous cet homme d’origine britannique  affable, qui intervient dans l’entretien corporel de ceux dont il connaît intimement les problèmes, à travers sa vision d’artiste et d’osthéopathe. Portrait d’un homme habité.

 

 

Peter Lewton reçoit dans son cabinet du boulevard de Belgique, le visage ouvert et souriant, en offrant une tasse de thé, comme il se doit  : « Je suis né en Angleterre, mais six semaines après nous sommes rentrés en Afrique de l’Est où mes parents vivaient. Ma mère était infirmière et sage-femme; quant à mon père capitaine, il s’est passionné pour les langues africaines au point d’en apprendre sept et de devenir par la suite un ethnologue distingué, universitaire aux États-Unis. »

 

Peter Lewton-Brain ( tel est son nom complet) a hérité de ses deux parents : de sa mère, le souci du soin prodigué à autrui, de son père, une curiosité à tous crins et un regard d’ethnologue porté sur le monde. « Quand vous êtes ostéopathe, vous devez adopter le même regard : observer sans juger. » Après une enfance africaine dorée  — « Les habitants touchaient mes cheveux de rouquin comme un porte-bonheur ! » — Peter et son frère aîné Charles (aujourd’hui orfèvre de renom) s’installent avec leurs parents sur la Côte-est américaine. Peter a alors 8 ans. Adolescent, il pratique la compétition de ski de haut niveau et est incité par son entraîneur à faire de la danse qui représente une bonne technique de préparation. C’est donc seulement à 16 ans que le jeune homme découvre un monde qu’il ignorait jusque-là. Tout se précipite alors.

 

Peter Lewton entre à la School of American Ballet de New York, alors sous la houlette de George Balanchine. Parmi ses condisciples, il compte Rudolf Noureev ! Deux ans suffisent pour faire de Lewton un danseur opérationnel, qui se produira bientôt dans le cadre du Chicago City Ballet, du Los Angeles Ballet ou encore aux Ballets de Lisbonne où il est étoile. Mais à l’âge de 22 ans, à force de trop solliciter son corps, des blessures chroniques aux genoux hypothèquent l’avenir du danseur : « Un médecin m’a alors affirmé que c’était fini. Heureusement W.G. Hamilton, un médecin qui est toujours de mes amis, m’a conseillé pour m’en sortir de corriger ma technique. J’ai alors fait une rencontre décisive : la grande pédagogue Margaret Craske. »

Avec sa méthode, dite « Cecchetti », Margaret Craske permet au jeune danseur de comprendre ce qui est devenu son credo : « Quand la biomécanique est juste, l’esthétique est magnifique. » Une jeune danseuse, aperçue par Peter déjà trois ans plus tôt, suit aussi l’enseignement de Margaret Craske : Paola Cantalupo. La jeune femme promise à un brillant avenir d’étoile devient la compagne de Peter Lewton. Ils ne se quittent plus, même sur scène ! « Lorsque nous dansions ensemble, je me sentais là essentiellement pour mettre en valeur Paola », précise Lewton, décidément gentleman jusqu’au bout…

 

Ce souci des autres, cet homme généreux va continuer à le cultiver dans son activité de praticien, qu’il entamera après avoir effectué des études poussées en France, en Angleterre et en Suisse, parallèlement à des études en histoire et esthétique de la danse, grâce à une bourse attribuée en 1997 par les Amis des Ballets de Monte-Carlo. La démarche de Peter Lewton reste encore suffisamment singulière parmi les danseurs professionnels pour être saluée : il y a chez lui un désir de connaître et comprendre hors du commun. Ses compétences sont largement reconnues et utilisées dans un grand nombre d’écoles de danse,  à Monaco, Cannes mais aussi dans le reste du monde où il est fréquemment invité. Son Association Danse Médecine Recherche (www.admrdanse.com), sorte de laboratoire de recherche, est constamment en ébullition.

 

Lorsqu’on interroge Peter Lewton sur la condition du danseur dans la société, il répond avec conviction que c’est une position à part : « Les gens ont tendance à déifier les danseurs, vous représentez à leurs yeux une forme de noblesse. » Mais nulle démesure dans l’attitude de Lewton, qui affirme avec force à quel point la danse oblige à l’humilité : « Les danseurs sont obligés d’être dans la réalité de l’ici et maintenant. » C’est pourquoi, selon lui, « la danse est une magnifique école de vie, bonne pour la santé quand elle est pratiquée avec justesse et vérité. »

 

Peter Lewton danse sa vie : une belle source d’inspiration pour nous tous !

 

(Clara Laurent - paru dans La Gazette de Monaco, décembre 2012 - Droits réservés)

 

 

Peter Lewton (D.R.)