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Xavier Leherpeur : profession critique de cinéma

Membre de la mythique émission radiophonique Le Masque et la plume, critique cinéma à Canal plus, Xavier Leherpeur a répondu présent à la « Carte blanche » proposée par le ciné-club de la Médiathèque de Monaco le 13 mars prochain. Portrait d’un fou de cinoche.

 

D.R.

Xavier Leherpeur  n’est rentré que depuis une heure de la 67e Berlinale (Festival international du film de Berlin) lorsqu’on le rencontre dans un café parisien pour un long entretien à bâtons rompus. Il est aussi enthousiaste qu’à la radio ou à la télévision, mais surprend par sa sensibilité à fleur de peau et sa sincérité sans fards. L’homme est bigrement sympathique, sa verve réjouissante. Mais comment devient-on critique de cinéma ?

 

Des marionnettes au 7e art

 

« Je suis un vrai petit Parisien, né en 1966 dans le 15e, à proximité d’un cinéma aujourd’hui disparu, le Magic Convention. » Le père du petit Xavier est architecte, la mère ne travaille pas pour élever la fratrie. L’enfant va souvent voir les spectacles de marionnettes du Luxembourg et du Champ de Mars : « J’aimais ce cérémonial des marionnettes, et ce doit être ça qui m’a conduit au cinéma.» A Noël, le petit garçon demande des « Minicinex » pour organiser des projections de films Disney dans sa chambre. La télévision joue aussi un grand rôle dans la construction de sa cinéphilie : « Je me souviens d’un dimanche après-midi où passait L’Assassin habite au 21 de Clouzot. Il y avait aussi l’émission La séquence du spectateur…» Heureuse époque où la télévision française programmait encore en « prime time » des films classiques : « C’est également à la télé que j’ai vu vers 8 ans Le Crime était presque parfait avec Grace Kelly. C’est avec ce film d’Hitchcock que je me suis dit confusément : c’est donc ça un metteur en scène ! Quelqu’un qui raconte les choses d’une certaine manière… » La découverte de Jacques Tati dans une salle de cinéma sera aussi marquante : « Mon oncle m’a emmené au Ranelagh voir Jour de fête : ça m’a fait hurler de rire ! » Les parents du jeune Xavier ne sont pas particulièrement cinéphiles. Ils ne voient pas d’un bon œil la passion naissante de leur adolescent qui ne rate le soir aucun ciné-club de Claude-Jean Philippe ou Patrick Brion. Parmi les films déterminants de l’enfance, le critique cite encore Le Sang d’un poète, Psychose, Les Visiteurs du soir ou Mon Oncle d’Amérique. Une professeure de français en Terminale aura aussi son impact: « Elle était géniale avec sa façon très subtile d’analyser les textes en cherchant la couleur, la rythmique, la musicalité… Je lui dois tout ! »

 

 

Médecine vs cinéphilie

 

Bac en poche à 16 ans, Xavier Leherpeur se dirige vers la médecine pour complaire à ses parents. Durant cinq années, il suit sans conviction les cours de la Faculté de Lariboisière. « A cette époque je lisais Télérama, Les Cahiers du cinéma… Je n’avais pas beaucoup d’argent, je sautais des repas pour aller au cinéma. » Un jour, l’étudiant décide résolument d’abandonner la médecine : « Je me suis levé, j’ai rendu copie blanche et je suis parti. » Pour conquérir son indépendance, il trouve un emploi d’infirmier à domicile chez le fondateur de Moulinex ! Puis occupe plusieurs emplois administratifs au Théâtre 13. Les parents, très déçus par le choix de leur fils, ne le comprennent pas : « Une fois par an, je leur imposais l’écoute du Masque et la plume sur le Festival de Cannes. Ils me disaient : mais qu’est-ce que c’est que cette émission de cons qui s’engueulent ? C’est pas un métier ! »

 

Le métier de critique

 

En 1997, un ami journaliste du jeune magazine Cinélive contacte Xavier Leherpeur, sachant qu’il adore le cinéma de Youssef Chahine : «Grégory Alexandre n’avait pas le temps de s’occuper du Destin, c’était la veille du bouclage, il fallait faire le papier dans la nuit. » Inexpérimenté, l’apprenti-critique rédige à la hâte son article. Cinélive l’adopte et lui propose de collaborer régulièrement. Plus tard, il aura le bonheur de croiser Chahine à Cannes, un souvenir dont il se souvient avec une intense émotion. Le critique en herbe affûte ses idées. On lui confie les films d’auteurs incompris d’autres journalistes de Cinélive: « Au cinéma, j’aime la forme. C’est aussi pour ça que j’adore particulièrement le cinéma asiatique, Mizoguchi, Imamura... Les asiatiques ont un sens du cérémonial. J’aime leur retenue et en même temps leur côté cru, organique. » La chance sourit de plus en plus à Xavier Leherpeur : « J’ai passé un casting pour Le Cercle de Canal plus. Je suis arrivé essoufflé avec mes oreilles toutes rouges. Je pensais que je n’avais ni le talent ni le physique pour faire de la télé. Ils m’ont retenu. » Tout s’emballe : le critique est aussi choisi pour la Matinale de Canal. Il y a onze ans, une joute acerbe l’oppose à Alain Riou qui considère que le film qu’il défend est « un truc de snob ». Xavier Leherpeur en sort très énervé. Pourtant, Alain Riou l’appelle peu après : « Il m’a dit qu’il avait adoré notre dispute et qu’il avait parlé de moi à Jérôme Garcin pour Le Masque et la plume. » Le Saint Graal des critiques, l’émission doyenne de toutes les radios françaises ! « Je n’ai pas dormi pendant 4 jours. Le jour J, on m’a donné la parole en premier pour parler de Jean-Philippe avec Johnny Halliday. » Face à d’autres critiques plus froids, Xavier Leherpeur  se distingue avec son enthousiasme débordant et son énergie inépuisable. Il revendique être critique sans avoir jamais cherché à être cinéaste lui-même : « J’aime donner envie. J’essaie de donner des clefs aux spectateurs pour optimiser le plaisir. » Il ne se veut pas non plus « analyste de cinéma » mais plutôt « passeur. » A l’heure où les logiques mercantiles semblent tout écraser et où le turn over des salles est impitoyable (le mercredi de la sortie à 14h, tout est joué…), que pèse encore la parole d’un critique de cinéma dans le succès d’un film ? « J’ai l’orgueil de penser que même si c’est très ponctuel, on aide à faire exister un film. Je pense par exemple au succès d’Asghar Farhadi ou de Tabou de Miguel Gomez… » A Monaco, Xavier Leherpeur défendra un film somptueux mais réputé difficile, The Assassin de Hou Hsiao Hsien. Il se réjouit de revenir dans un lieu qu’il connaît bien : « Ma mère a grandi à Monaco où son père travaillait. Quand j’étais petit, j’aimais me baigner au Larvotto… J’ai hâte de manger la socca à la Condamine !»

Mars 2017 (D.R.)