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(Rubrique: cinéma)

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PATRICK MODIANO ET LE CINÉMA

(rubrique Cinéma)

rendez-vous de juillet, de jacques becker

Maurice Ronet et Brigitte Auber ( D.R.)

Jeunesse française 

 

En 1949 sortait sur les écrans Rendez-vous de juillet, réalisé par un cinéaste alors quadragénaire, Jacques Becker, désireux de capter l’air du temps et sa jeunesse d’après-guerre dans un Paris estival lumineux. Une pépite cinématographique que les Mardis du cinéma présentent le 9 janvier aux Variétés.

 

D.R.

Connu principalement pour deux films des années 50, Touchez pas au grisbi et Casque d’or, Jacques Becker est un cinéaste à la filmographie précieuse et passionnante. Assistant de Jean Renoir dans les années trente, il réalise ses premiers longs-métrages durant l’Occupation, dont le chef d’œuvre Falbalas, film préféré de Jean-Paul Gaultier portant sur le milieu de la haute couture. Aux lendemains de la guerre, Jacques Becker se démarque de ses confrères français qui s’enferment en studios. À l’instar de ses homologues transalpins en plein néo-réalisme, le cinéaste descend dans la rue pour filmer les petites gens : il livre ainsi le gracieux Antoine et Antoinette (1946). Fasciné par la jeunesse des caves de jazz de Saint-Germain-des-Prés, Becker tourne trois ans après Rendez-vous de juillet, avec une pléiade de nouveaux visages, parmi lesquels Daniel Gélin, Nicole Courcel, Brigitte Auber et Maurice Ronet. 

 

 

Précurseur de la Nouvelle vague

 

Le film tranche avec la tendance à la noirceur qui habite le cinéma hexagonal de cette époque. Il offre un hymne vibrant à l’énergie d’une jeunesse française avide d’en découdre avec des aînés grands-bourgeois autoritaires et grincheux, et pressée de guincher au son du jazz trépidant de Claude Luter : Maurice Ronet, à la trompette, fait songer à Boris Vian. Becker filme aussi le système D des jeunes gens qui échangent l’essence de leur voiture contre un morceau de bœuf — une drôle de voiture capable de voguer sur la Seine, dans un moment de pure poésie cinématographique, au son de la musique de Jean Wiener. Le cinéaste donne au spectateur la sensation du documentaire lorsqu’il fait pénétrer dans le cours de théâtre du grand Louis Seigner himself, ou quand il montre les cours d’ethnologie auxquels assiste Daniel Gélin. C’est que ce dernier est bien décidé à monter une expédition en Afrique pour filmer des pygmées et faire avancer ses recherches. Au terme d’un chemin semé d’embûches, sa ténacité va payer. Les dernières images du film sur l’envol de l’avion qui l’emporte avec ses acolytes, tous pleins d’enthousiasme, témoigne de la foi de Becker dans cette jeunesse entreprenante. Le tournage dans les rues de Paris, la fluidité de la caméra, le rythme allègre du montage, tout concourt à faire de Rendez-vous de juillet un film étonnamment moderne pour 1949, comme s’il avait dix ans d’avance et s’inscrivait déjà dans la future Nouvelle vague. Le naturel de l’interprétation concourt évidemment à cette modernité. Mention spéciale à Daniel Gélin, au jeu sobre, à Maurice Ronet, encore si juvénile, et à Brigitte Auber, frimousse de La Main au collet. Remarquons enfin la présence amusante dans un furtif second rôle d’une certaine Louisa Colpeyn, actrice belge qui n’est autre que la mère de l’écrivain Patrick Modiano.

Clara Laurent, D.R.

 

Nicole Courcel et Daniel Gélin (D.R.)