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PATRICK MODIANO ET LE CINÉMA

(rubrique Cinéma)

Monaco, une principauté cinégénique

 

Le printemps monégasque aura été marqué par la présence de deux stars du cinéma, Jean Dujardin et Cécile de France, en tournage sur le dernier film d’espionnage d’Eric Rochant, Möbius. L’année dernière, c’est le tournage du biopic Cloclo, qui a mis en émoi la principauté où Claude François vécut une partie de sa jeunesse, tandis qu’en 2008 Monaco accueillait une comédie sentimentale enlevée avec Vanessa Paradis, L’Arnacoeur, promise au succès.

 

 

 

 

Monaco, décor privilégié du septième art ? Le phénomène est loin d’être nouveau puisque dès la naissance du cinéma, la principauté attire les cinéastes : Méliès en 1905 ou Max Linder en 1914. « Monaco » et « Monte-Carlo » semblent même aux yeux des réalisateurs des mots sésames pour l’imaginaire des spectateurs, au vu de l’abondance des titres des années vingt et trente contenant le vocable, à l’instar du « Monte-Carlo » de Lubitsch (1930). L’immense Erich von Stroheim choisit quant à lui dans son chef d’œuvre Folies de femmes (1922) de reconstruire la place du casino de Monte-Carlo intégralement en studio à Hollywood, dans des décors plus vrais que nature !

Explorons donc l’histoire des films tournés à Monaco depuis trente-cinq ans…

 

L’année 1977 voit la sortie d’une production Disney, La Coccinelle à Monte-Carlo, gros succès destiné surtout aux enfants. Le film fait partie de cette veine qui exploite le Grand Prix automobile, célébrissime pour son circuit unique au monde qui passe au cœur de l’espace urbain. Claude Lelouch en 1966 dans Un homme et une femme, ou bien Frankenheimer l’année suivante dans Grand prix s’étaient déjà servis de la photogénie de la Course. Le dernier film en date tourné pendant le Grand Prix n’est autre que le film de super-héros Iron man 2 (2010) avec une scène de carambolage spectaculaire sur le port.

 

Le port de Monaco (et ses feux d’artifice l’été) a souvent été utilisé dans d’autres films depuis 1977, l’un des plus marquants étant Golden eye (1995). Pierce Brosnan, alias James Bond, y épie la cruelle Famke Jansen étranglant un homme en pleine étreinte dans un yacht, puis essaie de l’empêcher de voler un hélicoptère décollant du pont d’un navire militaire français amarré dans la rade.

Déjà en 1983, Sean Connery dans sa dernière apparition dans le rôle du célèbre agent 007 passait par Monaco aux côtés de Kim Basinger (Jamais plus jamais). La principauté, lieu cosmopolite où se croise l’élite internationale, est en effet un lieu d’élection des films d’espionnage et des thrillers (Opération espadon, 2001, Ocean’s twelve, 2004), mais aussi de leurs parodies. On peut ainsi citer Le Fils de la panthère rose de Blake Edwards (1993) ou L’Espion qui m’a tirée (1999). Dans ce dernier, le délirant Austin Powers passe une nuit d’amour torride à l’Hôtel de Paris avec une espionne, dont il s’aperçoit dépité le matin qu’elle n’est autre qu’un robot ! Scène loufoque où la chambre luxueuse se transforme en champ de bataille avec la femme-robot qui s’autodétruit.

 

Le célébre palace de la Belle Epoque et le Casino dessiné par Garnier sont sans conteste les lieux les plus filmés de toute la principauté. Ils apparaissent aussi bien dans les thrillers que dans les polars à la française comme Max et Jérémie (Claire Devers, 1992) : Philippe Noiret y dîne salle Empire en compagnie du jeune Christophe Lambert ensanglanté; plus tard, le jeune homme assassine Jean-Pierre Marielle dans une scène nocturne glacée filmée dans les jardins du Casino.

 

Ces deux décors d’élection du septième art apparaissent aussi abondamment dans l’autre genre très présent au sein de la « filmographie monégasque » : la comédie sentimentale. Dans Monte-Carlo (1930), Lubitsch met en scène Jeannette MacDonald dans des chassés croisés amoureux entre l’Hôtel de Paris et le Casino. Sacha Guitry place deux de ses premiers films dans les mêmes lieux: Bonne Chance, 1936 et Le Roman d’un tricheur, 1937. La croqueuse de diamants Audrey Tautou dans Hors de prix (2006) traque le milliardaire à l’Hôtel de Paris et en fait baver au pauvre Gad Elmaleh, employé de l’établissement. La délurée Louise Bourgoin, en miss météo d’une télévision locale, fait perdre la tête à Fabrice Luchini, quinquagénaire descendu à l’Hôtel de Paris et affolé par les appâts de la belle Monégasque (La Fille de Monaco, 2008). Patrice Leconte avait dix ans plus tôt filmé dans un noir et blanc somptueux le même palace où séjournait le désargenté Daniel Auteuil pour en mettre plein la vue à Vanessa Paradis (La Fille sur le pont, 1999). Dans une comédie moins sombre et plus optimiste, Romain Duris fait chavirer le cœur de la même actrice, en villégiature à Monaco en vue de s’y marier avec un héritier anglais (L’Arnacoeur, 2010). On peut enfin citer une comédie teen-movie, produite entre autres par Nicole Kidman, Bienvenue à Monte-Carlo (2011), dans laquelle un trio de jeunes Américaines séjournent en fraude à l’Hôtel de Paris. Fréquentant la jet set, s’habillant en haute couture et assistant à des enchères, elles réalisent ainsi leur rêve de conte de fées du 21e siècle.

 

Quel que soit le genre cinématographique, Monaco apparait ainsi comme le lieu absolu du rêve contemporain de glamour et de luxe, assaisonné de Casino et de sport automobile. C’est également ce rêve qui attire la famille franchouillarde des Tuche dans la comédie éponyme sorti en 2011 : heureux gagnant du super jackpot du loto, la joyeuse compagnie du Nord de la France achète une villa dans la principauté et tente de s’intégrer au milieu monégasque, pour le meilleur et pour le pire. La gagnante à la loterie Josiane Balasko avait d’ailleurs déjà exaucé le même vœu avec Christophe Lambert dans la comédie de Claude Zidi (Arlette, 1997).

 

Un autre genre cinématographique exige le décor monégasque: la biographie filmée. Claude François (Cloclo, 2012) avait débuté sa carrière de chanteur de charme à Monaco, sa famille rapatriée d’Egypte ayant échoué dans la principauté. Un autre biopic moins connu a été tourné à Monte-Carlo : Nijinski, sorti en 1979, retrace la vie du célèbre danseur des Ballets russes. Jean-François Balmer tourna lui un téléfilm sur la vie de Guillaume Appolinaire (1980) qui vécut un moment à Monaco. A quand le biopic sur le peintre Francis Bacon qui vécut plusieurs années en principauté ?

 

 

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