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Monaco, une principauté cinégénique

Notre printemps monégasque aura été marqué par la présence de deux stars du cinéma, Jean Dujardin et Cécile de France, en tournage sur le dernier film d’espionnage d’Eric Rochant, Möbius. L’année dernière, c’est le tournage du biopic Cloclo, qui a mis en émoi la principauté où Claude François vécut une partie de sa jeunesse, tandis qu’en 2008 Monaco accueillait une comédie sentimentale enlevée avec Vanessa Paradis, L’Arnacoeur, promise au succès public que l’on sait.

 

 

 

 

Monaco, décor privilégié du septième art ? Le phénomène est loin d’être nouveau, puisque dès la naissance du cinéma, la principauté attire les cinéastes (Méliès en 1905 ou Max Linder en 1914). « Monaco » et « Monte-Carlo » semblent même aux yeux des réalisateurs des mots sésames pour l’imaginaire des spectateurs, au vu de l’abondance des titres des années vingt et trente contenant le vocable, à l’instar du « Monte-Carlo » de Lubitsch (1930). L’immense Erich von Stroheim choisit quant à lui dans son chef d’œuvre Folies de femmes (1922) de reconstruire la place du casino intégralement en studio à Hollywood, dans des décors plus vrais que nature ! Explorons donc l’histoire des films tournés à Monaco depuis trente-cinq ans…

 

L’année 1977 voit la sortie d’une production Disney, La Coccinelle à Monte-Carlo, gros succès destiné surtout aux enfants. Le film fait partie de cette veine qui exploite le Grand Prix automobile, célébrissime pour son circuit unique au monde qui passe au cœur de l’espace urbain - Lelouch en 1966 dans Un homme et une femme, ou bien Frankenheimer l’année suivante dans Grand prix s’étaient déjà servis de la photogénie de la Course. Le dernier film en date tourné pendant le Grand Prix n’est autre que le film de super-héros Iron man 2 (2010) avec une mémorable scène de carambolage spectaculaire sur le port.

Le port de Monaco (et ses feux d’artifice l’été) a souvent été utilisé dans d’autres films depuis 1977, l’un des plus marquants étant Golden eye (1995). Pierce Brosnan, alias James Bond, y épie la cruelle Famke Jansen, étranglant un homme en pleine étreinte dans un yacht, puis essaie de l’empêcher de voler un hélicoptère décollant du pont d’un navire militaire français amarré dans la rade. Déjà en 1983, Sean Connery, dans sa dernière apparition dans le rôle du célèbre agent 007, passait par Monaco aux côtés de Kim Basinger (Jamais plus jamais). La principauté, lieu cosmopolite où se croise l’élite internationale, est en effet un lieu d’élection des films d’espionnage et des thrillers (Opération espadon, 2001, Ocean’s twelve, 2004), mais aussi de leurs parodies. On peut ainsi citer Le Fils de la panthère rose de Blake Edwards (1993) ou L’Espion qui m’a tirée (1999). Dans ce dernier, le délirant Austin Powers passe une nuit d’amour torride à l’Hôtel de Paris avec une espionne dont il s’aperçoit, dépité au matin, qu’elle n’est autre qu’un robot ! Scène loufoque où la chambre luxueuse se transforme en champ de bataille avec la femme-robot s’autodétruisant.

Le célébrissime palace issu de la Belle Epoque et le Casino dessiné par Garnier sont sans conteste les lieux les plus filmés de toute la principauté. Ils apparaissent aussi bien dans les thrillers que dans les polars à la française comme Max et Jérémie (Claire Devers, 1992) : Philippe Noiret y dîne notamment salle Empire, en compagnie du jeune Christophe Lambert ensanglanté; plus tard, le jeune homme assassine Jean-Pierre Marielle dans une scène nocturne glacée, filmée dans les jardins du Casino. Mais ces deux décors d’élection du septième art apparaissent aussi abondamment dans l’autre genre très présent au sein de la « filmographie monégasque » : la comédie sentimentale. Depuis Lubitsch (1930) avec Jeannette MacDonald prise dans des chassés croisés amoureux entre l’Hôtel de Paris et le Casino, sans parler de Guitry qui place deux de ses premiers films dans les mêmes lieux (Bonne Chance, 1936, et Le Roman d’un tricheur, 1937), les auteurs de comédie semblent attirés par le glamour si particulier de la principauté. La croqueuse de diamants Audrey Tautou dans Hors de prix (2006) traque le milliardaire à l’Hôtel de Paris et en fait baver au pauvre Gad Elmaleh, amoureux et employé de l’établissement. La délurée Louise Bourgoin, en miss météo d’une télévision locale, n’en fait pas moins perdre la tête à Fabrice Luchini, quinquagénaire descendu à l’Hôtel de Paris, affolé par les appâts de la belle Monégasque fatale (La Fille de Monaco, 2008). Patrice Leconte avait dix ans plus tôt filmé dans un noir et blanc somptueux le même palace où séjournait le désargenté Daniel Auteuil pour en mettre plein la vue à Vanessa Paradis (La Fille sur le pont, 1999). Dans une comédie moins sombre et plus optimiste, Romain Duris fait chavirer le cœur de la même actrice, en villégiature à Monaco en vue de s’y marier avec un héritier anglais (L’Arnacoeur, 2010). On peut enfin citer une comédie très teen-movie, produite entre autres par Nicole Kidman, Bienvenue à Monte-Carlo (2011), dans laquelle un trio de jeunes Américaines séjournent en fraude à l’Hôtel de Paris. Fréquentant la jet set, s’habillant haute couture et assistant à des enchères, elles réalisent ainsi leur rêve de conte de fées du 21e siècle.

Monaco apparaît donc dans les films, quel que soit le genre cinématographique, comme le lieu absolu du rêve contemporain de glamour et de luxe, assaisonné de Casino et de sport automobile. C’est également ce rêve qui attire la famille franchouillarde des Tuche dans la comédie éponyme sorti en 2011 : heureux gagnant du super jackpot du loto, la joyeuse compagnie du Nord de la France achète une villa dans la principauté et tente de s’intégrer au milieu monégasque, pour le meilleur et pour le pire. Une gagnante à la loterie avait d’ailleurs déjà exaucé le même vœu dans la comédie de Claude Zidi (Arlette, 1997), avec Josiane Balasko.

Il est enfin un autre genre cinématographique qui exige le décor monégasque pour d’autres raisons essentielles : il s’agit de la biographie filmée. Nous avons déjà évoqué l’exemple de celle de Claude François (2012), qui avait débuté sa carrière de chanteur de charme à Monaco, sa famille rapatriée d’Egypte ayant échoué ici. Un autre biopic moins connu a été tourné à Monte-Carlo : Nijinski, sorti en 1979, retrace la vie du célèbre danseur des Ballets russes dont on sait la présence en principauté. On pourrait citer aussi un téléfilm avec Jean-François Balmer sur la vie de Guillaume Appolinaire (1980), qui vécut un moment à Monaco.

Mais le biopic le plus attendu des Monégasques est sans conteste le film sur Grace de Monaco ! Dans la célèbre séquence de La Main au collet, Grace contemplait aux côtés de Cary Grant, dans une magnifique vue panoramique, la principauté dont elle deviendrait quelques temps après la souveraine des cœurs. La princesse de Hollywood devînt princesse pour de vrai. Monaco doit beaucoup au cinéma, qui le lui rend bien…

 

(Paru dans La Gazette de Monaco - Droits réservés)