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LEBANON (écrit et réalisé par Samuel Maoz ) 

 

On dit le cinéma israélien très en forme depuis quelques années, avec des films tel que Valse avec Bachir ou Beaufort. Le Lion d’or remporté par Lebanon à Venise en septembre dernier ne fait que confirmer cette belle vitalité. Le public monégasque avait le privilège de découvrir le film de Samuel Maoz en avant-première mardi 26 janvier dans le grand auditorium Rainier III, transformé en salle de projection pour l’occasion, en présence du réalisateur et de son producteur.

 

 

 

 

La présentation de Samuel Maoz fut laconique : « Mon prénom est Samuel, diminutif Shmulik. Shmulik, c’est ainsi que se nomme le héros du film que vous allez voir. Autant dire que cette histoire, c’est la mienne. » Et c’est bien d’un film-témoignage dont il s’agit, un film entièrement construit autour du regard de quelques soldats israéliens, pris dans l’horreur de la première guerre du Liban en 1982. Le spectateur se trouve ainsi plongé durant 1h30 dans la moiteur et l’obscurité d’un tank, embarqué avec quatre (très) jeunes soldats, de toute évidence inexpérimentés. Le dispositif du film ne déviera pas : ce que nous percevrons de la guerre, ce sera exclusivement ce que ces jeunes hommes jetés dans un cauchemar éveillé perçoivent, claquemurés dans une carcasse d’acier étouffante qui pourrait bien devenir leur tombeau. Shmulik est aux commandes de l’engin, l’œil rivé à son objectif qui se fait métaphore de l’objectif de la caméra ; et il regarde, terrifié, les villes ravagées par le feu, les cadavres qui jonchent parmi les débris, les survivants hagards - enfant, vieillard, jeune femme, qui semblent le fixer lui, de leur regard tout à la fois accusateur et incrédule. Mais Schmulik ne peut se contenter d’être spectateur. Il doit appuyer sur le canon. Sa défaillance (comment tirer sur un homme dont on a croisé le regard en gros plan via l’objectif qui permet de s’approcher de sa cible à loisir?) sera fatale à l’un de ses coreligionnaires. Lebanon nous conte cela : le traumatisme d’une génération d’Israéliens qui, malgré un service militaire intensif, est émotionnellement dévastée par l’horreur de ce qu’elle est obligée d’accomplir sur le réel champ de bataille. Valse avec Bachir évoquait ce traumatisme par le truchement de l’anamnèse psychique et des images d’animation permettant de figurer les fantasmes et les cauchemars des rescapés. Lebanon choisit de traiter frontalement les souvenirs, et l’une des forces du film est de nous faire vivre comme physiquement, dans un huis clos étouffant, dans la durée en temps réel des événements, les étapes atroces d’une odyssée absurde.

 

« Le tank, c’est de la ferraille, les hommes sont d’acier », dit une inscription en hébreux gravée à l’intérieur du tank : on serait tenté de le croire. Samuel Maoz fait partie de ces résilients de la guerre, capables de survivre psychiquement au pire et même de surmonter l’horreur en en faisant un grand film en faveur de la paix. Témoin la séquence finale mettant en scène un moment simple et pudique de fraternité, par-delà nationalités et religions, entre un soldat israélien et un « terroriste » syrien.


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