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Julie Moulier, une juge de choc dans Victoria !

Une scène de Victoria, avec au centre Julie Moulier (Droits réservés)

 

 

 

Le 14 septembre sort en salles le dernier film de Justine Triet, Victoria, la sensation de La Semaine de la Critique de Cannes 2016. Virgina Efira, la Victoria du titre, y incarne une avocate trépidante en plein burn out, qui croise sur son chemin une juge au regard d’acier. Un « petit rôle » qui ne laisse pas indifférent le spectateur : forcément, c’est Julie Moulier, jeune actrice pleine de tempérament, qui s’est glissée dans le rôle avec conviction. Entretien.

 

 

Julie, tu fais depuis plusieurs années beaucoup de théâtre (on t’a vu notamment dans Les Liaisons dangereuses, mise en scène par John Malkovitch en 2012-2013), comment t’es-tu retrouvée sur le casting de Victoria ?

 

La directrice de casting me connaissait, j’ai déjà joué des petits rôles dans des longs-métrages comme Grand central (Rebecca Zlotovski, 2013), Jacky au royaume des filles (Riad Satouf, 2013) et plus récemment Eperdument (Pierre Godeau, 2016). J’ai passé le casting avec Justine Triet, la réalisatrice de Victoria, et elle m’a choisie.

 

En quoi consiste ce rôle ?

 

Le personnage principal (Virgina Efira, impressionnante) est une avocate en milieu de carrière, et un peu comme dans le précédent film de Justine (La Bataille de Solférino), elle doit jongler entre sa vie professionnelle et sa vie de famille : elle est divorcée, le père de ses deux enfants (Laurent Poitrenau) lui rend la vie impossible, elle bosse comme une tarée… On la suit dans un procès où elle défend un ami  accusé d’avoir poignardé une femme. C’est là que j’interviens : je suis la présidente de la cour, celle qui décide.

 

 

Comment travaille-t-on un « petit rôle » comme celui-ci ?

 

D’abord, au casting, on m’a fait remarqué mon « autorité naturelle » ; moi j’avais l’impression d’être en sous-régime, mais apparemment, même comme ça, je dégage cette autorité. Comme cet élément était déjà là, je pouvais jouer sur autre chose. On n’a rien d’intime sur ce personnage, il fallait donc la faire exister dans sa manière d’être, sa façon de gérer l’affaire d’abord dans son bureau, puis durant le procès. Il m’a fallu nourrir ce personnage, j’ai lu des interviews de procureurs, de juges. Dans les films américains,  je trouve que les personnages secondaires sont souvent très nourris. Moi je profite de ces « petits rôles » pour les bosser comme si c’était des rôles principaux. Est-ce que ça change quelque chose pour le spectateur ? Je crois que oui, ça crée des réactions ; à lire le scénario, ce personnage pourrait sembler inexistant ; or en voyant le film, on pourrait croire qu’on a coupé au montage, que le personnage a plus d’épaisseur.

 

T’y prends-tu toujours comme ça pour les petits rôles ?

 

Dans le film de Pierre Godeau, Eperdument (avec Guillaume Galienne et Adèle Exarchopoulos), je jouais une taularde très violente. J’avais des tatouages partout, les cheveux teints, il fallait une heure de préparation tous les matins. La maquilleuses était aux anges : normalement, avec les petits rôles, il ne se passe pas grand chose, alors que là, il y avait plein d’échanges… Il y avait une bagarre dans le film, j’ai fait de l’entraînement avec un cascadeur, j’y allais à fond. Ça galvanise les autres… Le réalisateur était hyper touché par mon implication.

 

 

Que retiens-tu de ce tournage avec Virgina Efira ?

 

J’ai eu six jours de tournage, dispatchés. Généralement, en si peu de temps, c’est rare de faire des vraies rencontres. Or, là, j’ai adoré bosser avec Virginie : humainement, c’est un amour ! Elle bosse comme une tarée, elle fait un truc incroyable dans ce film ! Justine Triet, connue pour faire du cinéma d’auteur, et Virginie Efira, star populaire, sur le papier ça pouvait paraître improbable… Chacune d’elle s’est apportée beaucoup de choses, ça se ressent dans le film. Et puis Virginie a une immense intelligence, elle est très fine, elle a assisté à sa starification, et elle a beaucoup de distance par rapport à ça, elle est très saine sur l’endroit où elle est. Elle était presque tétanisée à l’idée de jouer le rôle principal !

 

On te verra bientôt de nouveau dans Planétarium, le prochain film de Rebecca Zlotovski, avec Nathalie Portman et Lily-Rose Depp…

 

Oui, j’y joue une femme décadente… Ça se passe dans les années trente, avec deux Américaines (Nathalie Portman et Lily-Rose Depp) qui arrivent en France. Je me suis amusée à jouer cette grande bourgeoise, très excentrique, une folle complètement perdue… clope au bec.

 

Un personnage qui n’a pas spécialement d’autorité ?

 

Pas du tout, en effet ! Les directeurs de casting manquent souvent d’imagination et demandent aux acteurs de refaire toujours la même chose. Moi, je ne veux pas ça, je fais ce métier pour me transformer.

 

Propos recueillis par Clara Laurent en mai 2016 (Semaine de la Critique, Cannes)