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BOUDU ET CLAIRE AUX MARDIS DU CINÉMA

 

Deux films majeurs à voir et revoir ce mois-ci, avec des maîtres du cinéma français, Jean Renoir et Eric Rohmer, qui célèbrent chacun à leur manière le désir. Les mardis 4 et 18 février, Salle des Variétés, sur le port de Monaco.

 

 

 

1932 : Jean Renoir réalise son quatrième film parlant en adaptant Boudu sauvé des eaux, une pièce de René Fauchois dans laquelle triomphe déjà Michel Simon sur les planches à Paris. Clochard magnifique, Boudu-Simon ravit le libraire Lestingois qui l’aperçoit par hasard dans sa longue-vue avant qu’il ne se jette du Pont des arts dans la Seine. « Qu’est-ce qu’il est réussi, comme clochard !», se dit le bourgeois Lestingois, et c’est vrai que Michel Simon a fière allure en Boudu… Sauvé in extremis par Lestingois, le clochard se révèle fantasquement libertaire, espèce de créature dionysiaque qui cultive la vulgarité comme un des beaux-arts et sème le chaos dans la demeure bourgeoise jusque-là bien organisée du librairie, affublé d’une épouse coincée et d’une bonne qu’il trousse, comme il se doit… Il y a du Théorème dans Boudu des sauvés des eaux, une préfiguration pasolinienne, mais enfin une version plus « Dada » et moins grandiloquente…

 

La performance de Michel Simon, corps indomptable et burlesque, reste une de ses plus belles compositions, captée avec gourmandise par son complice Jean Renoir. Il faut le voir faire des acrobaties en apesanteur sur le seuil d’une porte, se coucher sans cérémonie sur le piano à queue du libraire, ou avaler gloutonnement la nourriture qu’il réclame sans vergogne. On reverra ce Michel Simon-là dans L’Atalante deux ans plus tard, dans son rôle poétique et trivial de marin surréaliste au corps entièrement tatoué …

Il faut aussi signaler la contribution essentielle de Jacques Becker, assistant alors du réalisateur : en filmant caché dans une camionnette Michel Simon déambulant hagard sur les quais de la Seine parmi de vrais passants, il nous offre une séquence préfigurant les films de la Nouvelle Vague. C’est le même Jacques Becker, dans une des quelques brèves apparitions devant la caméra du futur grand cinéaste, qui incarne le poète caricatural déclamant de façon hilarante sur un banc des vers de Musset.

 

Quelques quarante ans après, le « Conte moral » de Rohmer, Le Genou de Claire, parle aussi des désordres du désir, mais de personnages en apparence tous bien policés. Objet d’une machination perverse de la part d’une romancière manipulatrice, Jean-Claude Brialy, obsédé par un genou féminin, tente, comme tout héros rohmérien, de se justifier par le discours… Fabrice Luchini, à peine 20 ans, y parle déjà avec sa période oratoire singulière.

Il s’agit d’un des plus beaux Rohmer, où apparaît la quintessence de son art cinématographique qu’on peut redécouvrir à loisir depuis peu grâce à l’intégrale de son œuvre éditée en DVD.

 

Mais mieux que les petits écrans de télévision, il y a les beaux grands écrans et la qualité des copies des salles de cinéma, en l’occurrence la Salle de Variétés, sur le port de Monaco. Ne vous privez pas !