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Annie Hall aux Mardis du cinéma : Woody Allen à son zénith

D.R.

« Deux vieilles dames déjeunent dans un restaurant. La première remarque : « La nourriture est dégueulasse ici ! », et l’autre de rétorquer : « Oui, et en plus les portions sont toutes petites ! » Eh bien, c’est exactement comme ça que je vois la vie : elle est pleine de solitude, de souffrance, de malheur… et en plus, tout se finit trop vite ! » C’est ainsi que s’ouvre Annie Hall,  avec un Woody Allen face caméra comme dans ses stand-up de comique, dissertant sur la vie en livrant sa philosophie d’homme simultanément inquiet et gourmand de l’existence. Sorti en 1977, ce septième film du plus célèbre des habitants de Manhattan représente un tournant dans sa filmographie : non seulement parce qu’il lui vaut la première reconnaissance éclatante de ses pairs en cinéma (quatre Oscars : meilleur film, meilleurs réalisateur, scénario et actrice), mais aussi parce qu’il rompt avec le burlesque des précédents opus pour s’aventurer du côté de la comédie sentimentale, plus personnelle, plus intime. Woody Allen se penche sur sa vie amoureuse avec une certaine « Annie Hall », incarnée à l’écran par la compagne avec laquelle il a rompu peu de temps avant, Diane Keaton, dont le véritable nom est précisément Diane Hall. Ce retour sur cette romance, qui n’a pas résisté aux névroses et difficultés de la vie à deux, se fait par petites touches chronologiquement emmêlées, avec tour à tour des épisodes d’idylle amoureuse dans le décor magnifié de Manhattan, et des épisodes hilarants d’incompréhensions et de disputes, où l’éternel malentendu entre les êtres éclate avec brio et lucidité. 

 

 

D.R.

L’inventivité formelle foisonne : des sous-titres viennent révéler les pensées réelles des personnages tandis qu’ils se disent à voix haute des banalités, un split-screen vient souligner les divergences de vue de l’homme et la femme sur leur divan de psychanalystes respectifs, un dessin animé parodie Blanche-neige en montrant Woody face à Annie-la-méchante-reine… Et parmi ces trouvailles de mise en scène, celle qui consiste à revisiter des épisodes de l’enfance en existant adulte physiquement dans le champ de la caméra, « comme un spectateur au cinéma » du passé intime, est peut-être la plus belle idée. Woody nous dit que la vie est imparfaite, mais que l’art, singulièrement cinématographique, peut racheter ces défectuosités. Il le prouve magistralement avec Annie Hall !

 

 

 

D.R.

 

 

Droits réservés La Gazette de Monaco - mars 2016