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(rubrique Cinéma)

A Touch of sin : un chef d’œuvre aux Mardis du cinéma

 

 

Mardi 4 novembre, « Tout l’art du cinéma » nous offre un film chinois âpre et sans concession, témoin des dérives de la Chine contemporaine. Allons voir ce film de Jia Zhank-Ke, couronné en 2013 à Cannes.

 

Jia Zhank-Ke est un cinéaste aujourd’hui salué unanimement comme l’un des plus importants du cinéma mondial. En 2006, il a obtenu le Lion d’or à la Mostra de Venise pour son éblouissant Still life, et le festival cannois le connait bien pour avoir déjà accueilli quatre de ses films. Si A touch of sin n’a obtenu « que » le prix du meilleur scénario, c’est que c’était l’année de La Vie d’Adèle… Il faut dire que A touch of sin aurait pu aussi bien recevoir le prix de la mise en scène, tant le film témoigne d’un art consommé de la composition des plans et du montage. Mais si le spectateur est impressionné par tant de maîtrise, il est aussi sans voix devant la peinture que Jia Zhank-Ke propose de son pays, en proie aux ravages d’un système économique et social qui broie les individus. Nous suivons ainsi successivement la trajectoire tragique et désespérée de quatre personnages poussés à bout par les logiques marchandes deshumanisantes d’une Chine où la dictature du profit semble avoir tout détruit, les paysages comme les esprits. Tout se passe comme si la seule issue pour ces quatre personnages résidait dans le passage à l’acte violent et autodestructeur. Le constat sans appel est d’autant plus dérangeant que Jia Zhank-Ke s’est appuyé sur des faits divers de son pays qui ont récemment défrayé la chronique. Ainsi, on oscille entre la stupeur horrifiée face à tant de violence morale, et l’admiration face à l’intelligence de la réalisation empruntant au cinéma de genre — le polar, le film de sabre —, mais aussi à l’opéra chinois et à une poésie troublante, utilisant la symbolique d’animaux divers pour figurer l’état d’âme des personnages. La dernière séquence, sublime, montrant une foule de visages fascinés par un spectacle de rue, fait songer aux compositions du peintre chinois contemporain, Yue Minjun, exposé en 2012 à la Fondation Cartier à Paris. Comme quoi, l’art, dans tous ses états, demeure une arme puissante pour crier sa révolte.