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Didier Grosjman, passeur engagé

 

Les 25 et 26 février 2016, le Grimaldi forum accueille une comédie musicale avec chœur d’enfants, Singing in the train. A l’origine de ce spectacle, un homme : Didier Grosjman. Depuis l’an dernier, il vient régulièrement à Monaco pour former les écoliers. Portrait.

 

 

D.R.

 

C’est à la faveur d’une répétition aux Ateliers de danse des Ballets de Monte-Carlo, impliqués dans Singing in the train, qu’on rencontre Didier Grosjman. Face à une centaine d’élèves d’écoles primaires de Monaco et Beausoleil, il insuffle une énergie et une ferveur palpables, tant les enfants sont attentifs, réceptifs et donnent visiblement le meilleur d’eux-mêmes en chantant des standards de musicals américains. Et pourtant, les enfants sont là depuis plus de deux heures… 

 

Une enfance sous de bonnes étoiles

 

Didier Grosjman est né dans une famille modeste de la proche banlieue parisienne, les Lilas : « Mon père était peintre en bâtiment, ma mère s’occupait de nous cinq. » Un hasard fait que le jeune garçon apprend le piano: « Dans le bar du coin, il y avait un piano joué continuellement par une femme hors du commun. Elle avait été élève d’Olivier Messiaen, mais par amour avait tout lâché et s’occupait du bar de son mari. » La pianiste-tenancière de bar, qui joue indifféremment du Chopin, du Bach, du jazz ou des improvisations contemporaines, offre gratuitement des cours de piano au jeune Didier Grosjman : « Elle m’emmenait aussi au concert. Ça m’a nourri, ouvert la tête. » Parallèlement, la mère du jeune garçon lui transmet deux passions : « Elle adorait danser, et aussi chanter : Piaf, Fréhel…» Bon élève à l’école, à dix ans Didier Gosjman se voit offrir un voyage en Angleterre par les Centres sociaux. C’est le coup de foudre avec sa famille d’accueil britannique : « Ils m’ont payé durant cinq ans des séjours chez eux ! Et m’ont amené à Londres voir des musicals. En voyant le Minstrel, je me suis dit : c’est ça que je veux faire plus tard ! »

 

 

D.R.

 

D’instituteur au CRÉA

 

Cependant, à dix-huit ans, le jeune homme décide de devenir instituteur : « Il me fallait rapidement gagner ma vie, car j’allais devenir papa ! » Une fois instituteur, féru de pédagogie, Didier Grosjman passe les concours et devient le plus jeune conseiller pédagogique de France — reçu premier de sa promotion de surcroît ! Il forme donc des enseignants, tout en écrivant des spectacles musicaux pour les écoles. Sa passion de la musique est intacte, et si lui-même n’est pas devenu l’artiste de scène qu’enfant il projetait de devenir, il décide de transmettre ce rêve aux autres : « C’est cette ambition qui est à l’origine de la fondation du CRÉA il y a trente ans. » Didier Grosjman cherche alors pour son école de spectacles un théâtre, et se heurte au scepticisme : « On me disait que c’était utopique. » C’est dans une banlieue réputée déjà à l’époque difficile, Aulnay-sous-bois, que le rêve va devenir réalité. Une façon aussi de militer pour l’accès de tous les milieux sociaux à la culture, lui qui « enfant des Lilas » avait bénéficié de la générosité d’adultes partageurs.

 

Une école de la vie

 

En quoi consiste donc ce centre, dont les adeptes sont nommés malicieusement des « Créa-tures » ? « Il s’agit de révéler des individus construits, en faisant travailler le corps et la voix. » Mais attention, ce travail ne ressemble pas à celui dont on a l’habitude en France : « Il n’y a pas de sélection, pas d’audition, pas de redoublement non plus. Et pour que les enfants soient heureux, je ne recours pas au dressage. »  Est-ce à dire que le laxisme régnerait ? Que nenni ! « Le CRÉA, explique Didier Grosjman, est une école du respect, de l’écoute, de l’engagement, de l’effort. » Et de préciser son credo : « L’exigence, mêlée au plaisir.» Résultat : « Des grands lascars pas faciles qui jouent Les Noces de Figaro en me disant : « Tu t’es occupé de nous pendant deux ans, on va te redonner ce que tu nous a offert. » Le grand scientifique et humaniste Albert Jacquard, parrain du CRÉA, avait su saluer dans cette pédagogie mise au point par Didier Grosjman une grande vertu : chacun des élèves apporte sa pierre au groupe, dans une émulation saine, où, souligne Didier Grosjman, « personne n’a peur de se tromper, où toute « faute » peut être réparée. »

 

D.R.

 

Cette pédagogie novatrice et profondément humaniste a su également séduire deux grandes dames de la musique, marraines du CRÉA : la cantatrice Nathalie Dessay et la chanteuse néo-réaliste Juliette. Avec de telles fées penchées sur lui, des dizaines de créations en partenariat notamment avec l’Opéra de Paris, la formation de quantité d’adultes enseignants…, il est malheureusement étonnant que le CRÉA soit aujourd’hui en danger, faute de financements publics. D’autant plus surprenant que la culture et l’éducation sont certainement la meilleure réponse apportée à toutes les dangereuses dérives d’une jeunesse souvent en perte de repères…

 

D.R. La Gazette de Monaco, février 2016